Le 19 décembre sonnait la fin du second mandat du chef de l’état de la République démocratique du Congo Joseph Kabila. Le pays tout entier semble plongé dans une inquiétante attente, va-t-il céder le pouvoir ou est-ce le début d’une nouvelle période d’instabilité dans le pays.

À Kinshasa et dans plusieurs autres grandes villes du pays, la peur est à son paroxysme. Depuis quelques jours, un important dispositif militaire et policier est visible dans la capitale. Tous les « points chauds » et « sites stratégiques » ont été investis par des forces de l’ordre et des soldats de la Garde républicaine. Des point de contrôle et des fouilles des véhicules se sont multipliés.

Ces inquiétudes se fondent sur deux questions qui restent sans réponse : « Quand aura lieu l’élection présidentielle, théoriquement prévue le 27 novembre ?  Que fera Joseph Kabila, maintenant que son deuxième et dernier mandat a officiellement expiré ?« 

En effet, bien qu’arrivé au terme de son éligibilité, le chef de l’état a montré des signes troublants, d’une volonté de ne pas laisser sa place au pouvoir. Le pays traverse une crise politique profonde depuis la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011. Un scrutin qui avait suscité la polémique, car marqué par des fraudes massives. La Constitution lui interdit de se représenter, mais l’élection présidentielle, qui devait avoir lieu cette année, a été renvoyée à 2018, exacerbant la colère et les tensions déjà vives au sein du peuple congolais.

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Un stratagème pour se maintenir au pouvoir ?

Si la commission électorale (Ceni) avait justifié, en septembre, sa demande de reporter le scrutin présidentiel par un manque de fonds et le retard pris dans l’enregistrement des nouveaux électeurs, nombreux sont ceux qui estiment que cela tient plutôt à une mauvaise volonté politique. Une ruse du pouvoir en place pour se maintenir à la tête du pays sans passer par la case nouvelle élection.

« Comme le changement constitutionnel ne semble pas envisageable en RDC ou que la tentative de modification de la loi électorale en 2015 a avorté, Joseph Kabila change de stratégie« , explique Antoine Glaser, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef de la Lettre du Continent.

Au mois de septembre des manifestations anti- Kabila avaient fait des dizaines de morts à Kinshasa. La situation était extrêmement tendue faisant état de plusieurs pillages ou incendies criminels visant des cibles politiques, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, a accusé l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le principal parti de l’opposition, d’être à l’origine de ces violences.
« Il est difficile de prévoir ce qu’il va advenir en RDC, cela fait des années que l’on dit que Kinshasa va imploser et que la situation se maintient tant bien que mal« , déclare Antoine Glaser.

Les Congolais coupés du monde

Dans la nuit de dimanche à lundi 19 décembre 2016, les réseaux sociaux Facebook, Twitter, WhatsApp n’étaient plus accessibles en RDC. Un blocage momentané réclamé par les autorités congolaises aux fournisseurs d’accès à internet dans le pays.

Le général Célestin Kanyama, commandant de la police à Kinshasa, avait par ailleurs dans une vidéo diffusée samedi sur la télévision publique, demandé à chaque Kinois de bien regarder la photo des membres de sa famille avant de décider de descendre dans la rue pour manifester… Définissant ces moyens de communication de diaboliques  et de sataniques. Selon lui, les réseaux sociaux utilisés par les Congolais de la diaspora ne
servent qu’à diffuser de mauvais messages et à distraire les gens.

« Après avoir militarisé les villes, le pouvoir instaure un black-out pour réprimer les manifestants sans témoins« , dénonçait un opposant qui a participé aux dernières négociations directes avec la Majorité présidentielle. Ces pourparlers qui ont avorté et n’ont pas pu aboutir à un accord avant la fin du mandat du président Joseph Kabila, devraient reprendre le 21 décembre 2016, d’après les évêques catholiques qui sont les médiateurs de ce nouveau dia-logue politique. Un compte à rebours qui laisse tout un peuple figé dans l’inquiétude et l’espoir d’une paix plus que jamais incertaine.