La belle suprise musicale de cette fin d’année est sans nul doute l’album « A Seat at the Table » de la chanteuse afro-américaine Solange. Le troisième projet de la jeune chanteuse originaire de Houston surprend par sa fraicheur ; et encore plus quand on sait que certaines chansons dont l’envoûtant « Cranes in the Sky » datent de bientôt dix ans.

C’est un album intemporel que nous offre une Solange qui décidément refuse d’emprunter les sentiers battus. Au programme :  pas de production signée Dj Mustard ; pas de son calibré pour les radios ou les night clubs; et des apparitions pour le moins inattendues notamment celle de Master P. Le célèbre producteur originaire  de la Nouvelle-Orleans livre en interlude une partie de son histoire qui finalement est celle de nombreux noirs des quartiers défavorisés. Le père Matthew Knowles  et la mère Tina quant à eux confient les frustrations et la colère légitime de générations entières d’afro-américains tout en revendiquant obstinément cette fierté noire.

L’album voit aussi la présence du rappeur Lil Wayne qui arrive encore à surprendre sur le titre « Mad » ; également le jeune prodige BJ The Chicago Kid sur « F.U.B.U » et le génial Olugbenga Adelekan sur « Don’t You Wait ». Niveau production Solange qui a participé à l’écriture de la quasi-totalité s’offre les services de l’homme fort du mythique Tony Toni Tone : le nommé Raphael Saadiq, mais aussi Q Tip et Questlove pour ne citer que ceux-là.

Solange Knowles

Les performances vocales de Solange enchantent l’ouïe sur des productions qui rappellent les meilleures années de Kedar Massenberg et du mouvement Neo Soul. Il ressort du projet l’ambiance feutrée d’une Amel Larieux des temps modernes. L’album est lent, langoureux et mélancolique à la fois ;  on dirait presque qu’il porte en lui un peu de cette dépression dont a souffert la chanteuse.

Par-dessus tout c’est cette homogénéité qui manque cruellement aux albums modernes qui fait tout le charme de ce projet.  Il n’est pas ici question d’un énième assemblage de chansons à fort potentiel commercial et compilées de manière  hétéroclite et désordonnée. L’album de la cadette des sœurs Knowles est un voyage, avec des étapes cohérentes; avec un fil conducteur. Affirmation et acceptation de soi (de NOUS) flirtent avec une volonté évidente de rupture d’avec cette norme qui étouffe trop souvent la créativité artistique; le tout saupoudré de parfums pro-black et servi avec des mélodies façon Gombo aux parfums créoles de cette Louisiane résolument authentique et si riche culturellement et où sont les racines de la chanteuse. Bref, un album très personnel  qui vient comme un exutoire inespéré.

Solange Knowles
Ce n’est pas l’album parfait et on pourrait lui reprocher un genre de monotonie ; mais nous on a adoré. C’est un album qu’on aime pour la forme et le fond ;  Solange poétise habilement la souffrance afro-américaine dans un disque qui tombe comme un OVNI dans une galaxie musicale si superficielle et sous stéroïdes. Un bol d’air frais.

À écouter absolument!