L’apparence physique joue un rôle important dans la majorité de nos sociétés actuelles. C’est pourquoi, nous avons décidé de nous intéresser aujourd’hui aux rondeurs, bien souvent stigmatisées et victimes de clichés populaires, et valorisées aujourd’hui grâce au mouvement “body positive”.

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De la définition de la rondeur

Symbole d’opulence pour certains (n’a t-on jamais entendu cette croyance populaire qui voudrait que “en Afrique, être rond.e est signe de richesse ?”), d’esthétique, ou de mauvaise santé, les rondeurs imposent diverses perceptions différentes selon les sociétés.

Si être ronde équivaut à avoir une paire de fesses et de seins bien rebondis, des hanches larges et un ventre quasiment plat, alors ne peut-on pas ranger Beyoncé ou Kim Kardashian dans cette catégorie ? En revanche, si ces mêmes fesses, ces seins et ce ventre se font plus proéminents, comme Beth Ditto ou Adele, avons-nous toujours la même définition ?

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Adele et Beyonce aux Grammy Awards 2017

Le problème ici renvoie à cette définition de l’adjectif « rond-e » et de sa subjectivité : Entend-on par là avoir des formes, ou être simplement gros.se ? Queen Latifah ou Danielle Brooks peuvent être considérées comme des femmes rondes, mais seront jugées grosses par d’autres.

Plus récemment, la chanteuse Rihanna a fait les frais de cette injonction à avoir un “corps parfait”. S’affichant avec quelques kilos supplémentaires, elle est, depuis l’année dernière, victime de body-shaming de la part des internautes, jasant sur son corps, n’hésitant pas à commenter son tour de taille, ses hanches, ses seins, allant même jusqu’à la soupçonner d’être enceinte.

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Rihanna à la première de “Valerian”, – 2017

Le mot “ronde” serait-il le moyen déguisé et stylisé de masquer celui de « gros » ? Souvent renvoyé à sa connotation négative et des stéréotypes qui en découlent (disproportionné, mou, gras, lâche etc.), il n’en reste pas moins qu’un simple adjectif, comme le démontre l’activiste Daria Marx dans son dernier ouvrage : “Gros n’est pas un gros mot”, un véritable manifeste contre la grossophobie.

Tess Holliday, le pied de nez aux codifications habituelles des magazines

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Tess Holliday en couverture du magazine « People » – Mai 2015

En mai 2015, le célèbre magazine américain People faisait sensation en mettant en couverture celle qui est présentée comme « le plus grand mannequin grande taille » : Ryan Hover, appellée Tess Holliday, affichant fièrement une taille 54. La couverture fait écho au dossier spécial des « plus beaux corps de Hollywood ». La jeune femme détonne, et pour cause : elle est très ronde, (pour ne pas dire, sans langue de bois, grosse) : des bras dodus, un ventre large et rond et de bonnes joues, elle se démarque des mannequins grande taille standardisés aux corps souvent similaires : des hanches larges, un ventre presque plat et des cuisses lissées.

Simple effet de mode ou stratégie purement marketing, la couverture de People montrait ici une volonté relative de mieux représenter ces femmes dites rondes, dans une société où la beauté est codifiée et où le rêve d’atteindre le perfect body persiste, mais reste un cas assez isolé.

Rondeurs et body positivisme : un effet de mode ?

Vous avez sûrement entendu parler du mouvement “body positive” ? Pas si nouveau, il connaît un essor ces dernières années, car très médiatisé par les journaux ou les réseaux sociaux. “Créé” en 1996 par deux américaines, Connie Sobczak et Deb Burgard, il se définit comme “une forme d’encouragement à accepter, affirmer, voire célébrer son corps, et promouvoir ainsi un certain bien-être”. C’est également une réflexion sur la manière dont la société (notamment américaine), perçoit et idéalise un certain type de corps, généralement fin et musclé.

Bien que très en vogue actuellement, le body positivisme ne serait-il pas qu’un simple effet de mode, à l’instar du féminisme ? Depuis plusieurs années, les initiatives tenant à viser l’acceptation des corps “normaux” ou ronds semblent de plus en plus affirmées.

La marque Dove en est un bon exemple, en surfant depuis plusieurs années sur la vague de l’acceptation de soi afin de mieux vendre ses produits de soins corporels.

Dans la culture populaire également, le mouvement est source d’inspiration et de revendication pour certains artistes, comme Kendrick Lamar, qui dénonce la quête du corps parfait dans son titre “Humble” : “J’en ai marre et suis fatigué de Photoshop” …Montre-moi quelque chose de naturel comme un cul avec des cicatrices”…

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Image tirée du clip “Humble”, de Kendrick Lamar

Internet, un large champ d’expression de soi

Si la presse féminine (notamment française) semble encore réticente à l’idée de représenter des femmes rondes en couverture de magazine, Internet, et notamment les réseaux sociaux, proposent aujourd’hui un large champ d’expression permettant la venue de nombreux mouvements de femmes incitant leurs consoeurs à célébrer la beauté de leurs corps, aux rondeurs plus ou moins visibles.

Entre standards et stéréotypes, les codifications de la beauté et de la mode restent bien présents.

Nabela Noor en est un bon exemple. Cette youtubeuse beauté s’est fait un nom sur la Toile avec ses tutoriels maquillage. Le problème pour certains ? Elle est ronde, ce qui lui a valu moqueries et insultes de la part de trolls. Loin de se démonter, elle réutilisa ces messages virulents à son encontre pour en faire un look make up plutôt réussi.

THIS IS ME 💪🏽 In 2017, I was called a pig, fat, ugly, a monster… I was told I should kill myself because of how I look. I received thousands of messages like this all year & there have been times where I let those words destroy me. But as my confidence strengthened, I became a fortress of self-love that could not be broken by the words of unhappy people. I learned quickly that happy people don’t say hurtful things. And that happiness begins with self-love. The girl I see in the mirror is beautiful with and without makeup, whether I am a size 6 or a size 16. So as 2018 begins, I’m leaving behind all of the words that once hurt me – all of the doubt that once controlled me. No one can tell us who we are. We are glorious. We are beautiful. We are worthy. This video is a small victory in my self-love revolution & I can’t wait to continue the fight in 2018. I am not the things they say I am. I will never be reduced to their words. I am brave, I am strong, I am who I’m meant to be. This is me. 💖 P R O D U C T S // @farsalicare unicorn essence @beautyblender @maybelline master camo color correcting pen @urbandecaycosmetics brow box, naked skin concealer, blush in “video” @jouercosmetics lipliner tawny rose @doseofcolors liquid lip in truffle @toofaced chocolate gold palette, born this way concealer & peel off glitter liner @maccosmetics @patrickstarrr #macpatrickstarrr setting powder @kkwbeauty contour kit @hudabeauty jade lashes & winter solstice palette SONG: “This is Me” Cover by @emoniwilkins & @the7thaveband. Originally sung by @KealaSettle from the incredible movie #thegreatestshowman #wakeupandmakeup #tarte #hudabeauty #toofaced #makeup #tutorial #diy #instatut #beauty #makeuptutorial #wtfbeautyhacks #1minutemakeup #beautylook #benefitcosmetics #allmodernmakeup #makeupclips #eyeblogbeauty #hairmakeupdiary #makegirlz #beautyqueens4ever #melformakeup #transformation #peachyqueenblog

Une publication partagée par Nabela Noor (@nabela) le

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Plus récemment en France, Laura Calu, humoriste et youtubeuse française tenait à démonter les clichés populaires visant à avoir un “corps parfait” pour aller à la plage cet été. Avec le hashtag #ObjectifBikiniFermeTaGueule : “Le but de cette campagne est de contrer toutes les photos de “corps parfaits’ que l’on voit défiler sans cesse sur les réseaux sociaux”, déclara la jeune femme. Que les corps soient flasques, dodus, fermes, avec de la cellulite ou non : tout le monde a le droit de profiter de son été en bikini.

Enfin, la blogueuse Gaëlle Prudencio est, depuis 10 ans, une figure du body positivisme sur la Toile, grâce à son blog et sa collection de mode, Ibilola. Pour elle, dévoiler ses bras dodus est un acte politique, qu’elle revendique haut et fort. Un pied de nez à ses détracteurs.

Féminité, rondeurs et inégalités : un trio lié ?

Force est de constater que les campagnes de valorisation du corps touchent bien plus souvent les femmes que les hommes. A l’heure où certaines se battent pour davantage d’égalité, les stéréotypes et concepts positifs (ou non) liés aux rondeurs peuvent accentuer le fait que les femmes sont avant tout jugées physiquement, malgré le message positif recherché au premier abord.

Quand la beauté passe d’abord par l’acceptation de soi

 

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La beauté reste subjective, et dépend de la vision de chacun(e). Sur le Net, à coups de hashtags, et de campagnes, nombreux sont les projets visant à mieux apprécier le regard que l’on porte sur soi-même.

Nous avons le corps que nous avons, il appartient seulement à chacun de le mettre en valeur, peu importe la taille.

Etre ronde, ça peut être aussi avoir un corps healthy et en bonne santé, tant que l’on en prend soin.

« La confiance en soi et en son corps, ce n’est pas essayer d’ obtenir le corps parfait, mais aimer celui que tu as déjà. »