Serena William et sa fille Alexis Olympia

Les médecins ne nous écoutent pas” furent les mots de la championne de Tennis internationale Serena Williams qui donna naissance à une petite fille le 1er Septembre 2017. Ce jour aurait pu être le dernier car elle échappa de justesse à une embolie pulmonaire. Les examens révélèrent plusieurs petits caillots de sang dans ses poumons, examens fait plusieurs jours après qu’elle ait pourtant dit que son corps était prédisposé aux caillots sanguins et qu’elle devait prendre des anticoagulants chaque jour.

Les Etats-unis font partie des quelques pays utilisant les statistiques dites “ethniques”, celles-ci mettent en lumière des disparités entre les femmes *racisées et les femmes caucasiennes dans le taux de mortalité lié à la grossesse. Ces statistiques, pour les femmes racisées font état d’un ensemble de conditions propices à rendre des complications mortelles, telles que l’éclampsie, l’abruptio placentae, placenta previa et l’hémorragie postpartum. Pourtant ces taux de mortalité pourraient baisser si l’on définissait et maitrisait mieux les facteurs de risques qui affectent la gravité des complications ou le risque de décès, y compris les connaissances ethnologiques nécessaires à la liaison entre la biologie et le corps médical. Ces études révèlent également que les préjugés sexistes, raciaux et institutionnels provoquent un accès inégal aux soins.

« Nous sommes génétiquement prédisposés à certaines choses auxquelles certaines personnes ne sont pas. Donc, savoir que certains médecins ne s’occupent pas de nous est déchirant. » Serena Williams – Championne de tennis Internationale-»

https://www.dailyedge.ie/serena-williams-doctors-arent-listening-to-black-women-3895523-Mar2018/

Et en France?

L’encadrement très stricte des statistiques ethniques selon l’article 8-1 de la loi « Informatique et libertés » de janvier 1978, ne permet pas des études aussi précises que celles des pays anglo-saxons mais des recherches ont quand même pu être réalisées et retranscrivent des pratiques révélatrices des préjugés raciaux introduits par l’orientation des parcours de soins (voir articles en référence).

BRIAN STAUFFER

L’article de Priscille Sauvegrain : “La santé maternelle des « Africaines » en Île-de-France : racisation des patientes et trajectoires de soins” de la revue REMI (Revue Européenne des Migrations Internationales), explique comment l’angle de perception et de construction des soignants à contribué à la création de catégories racisantes.

Les études cliniques françaises, datées des années 1970-1980 sur les accouchements des femmes originaires de l’Afrique subsaharienne, démontre une pratique élevée de césariennes. Aujourd’hui en France, ces même femmes sont catégorisées de manière improbable dans les études cliniques sous la dénomination de «femmes d’origine africaine» ou de «Noires Africaines».

Ainsi, un praticien peut déclencher plus tôt l’accouchement d’une femme à cause de la couleur de sa peau, parce que de tels protocoles ont été produits par sa hiérarchie hospitalière.

https://journals.openedition.org/remi/5902#tocto1n4

Dans les années 2000, une étude de Papiernik E, Alexander GR, Paneth N., menée sur l’influence des origines dans la durée de gestation, devint une référence en France alors même qu’aucune autre n’a été menée sur le sujet. Cette étude préconise d’anticiper d’une semaine la prise en charge de la fin de grossesse des patientes racisées.

Ces études ont marquées l’installation de la racisation des patientes dites “africaines” à travers des protocoles de soins véhiculant des singularités comme: une durée de grossesse qui serait plus courte de cinq jours comparée aux autres femmes, ou à travers des descriptions cliniques qui les doteraient de bassins plus petits.

Des observations effectuées lors d’une phase d’étude du personnel soignant, démontre les amalgames faits entre plusieurs notions qui participent à des processus de racisation et influencent les décisions cliniques basées sur des représentations stéréotypées.

Malgré les recommandations émises en décembre 2011 par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français sur l’inutilité de conduire une surveillance particulière sur les femmes dites africaines, les protocoles de “termes ethniques” restent fortement répandus et influencent les soignants qui décident de la marche à suivre en fonction des “origines” des patientes, qu’elles soient catégorisées comme “africaines”, ou racisées “noires”. De ce fait, les soignants appliquant ces protocoles racisants, informent rarement les patientes de ce traitement qui pourtant peut aller jusqu’au déclenchement de l’accouchement. Il est important de préciser que ces protocoles ont été instaurés sans consultation préalable d’instances sanitaires ni de comité d’éthique. Ces différences de traitements peuvent donc être interprétés comme illégitimes et discriminatoires.

La douleur, perception à interprétation

La Charte du patient hospitalisé annexée à la circulaire ministérielle no 95-22 du 6 mai 1995 relative aux droits des patients hospitalisés: «Les établissements de santé garantissent la qualité des traitements, des soins et de l’accueil. Ils sont attentifs au soulagement de la douleur».

Naomie Musenga

Le cas de Naomi Musenga cette jeune femme noire de 22 ans, décédée des suites d’une défaillance multiviscérale sur choc hémorragique, le 29 décembre 2017, quelques heures après son appel à l’aide au SAMU qui n’avait pas pris son appel de détresse au sérieux et sous-évaluant sont état, créa une polémique importante et une remise en question des autorités hospitalières sur ces graves dysfonctionnements. Faisait-elle partie des personnes racisées de facto par des facteurs racisants tels que sa façon de parler et son nom à consonnance étrangère?

Dans le jargon médical, Il existe des termes officieux tels que le “syndrome méditerranéen”, une notion qui désigne l’exagération dont ferait preuve les personnes issues des pays du bassin méditerranéen, notamment dans l’expression de la douleur. Il s’agit d’un sujet tabou car péjoratif dans le corps médical mais qui existe bel et bien. Ainsi, une couleur de peau, une pauvreté de vocabulaire, une méconnaissance de l’autre, crée un magma de raccourcis et d’interprétations. De ce fait, comment établir un diagnostique de manière objective lorsque l’on est piégé dans l’interprétation de la douleur exprimé par le patient ?

Un meilleur suivi pour de meilleures chances de survie

La France travaille pourtant sur l’analyse des inégalités sociales et de santé. Malheureusement ces travaux d’analyses ne se croisent pas suffisamment. La catégorisation par race a des conséquences sur la santé des groupes de personnes racisées. Reconnaitre l’existence des disparités raciales et ethniques face à la santé autorisera une compréhension plus fine des processus en cause. Pour que le suivi de l’action publique soit cohérent dans sa veille statistique, il est nécessaire d’affiner la stratégie de croisement des données. L’intersectionnalité de ces données, légitimerait les actions qui doivent être menées.

En France, les analyses sont essentiellement unidimensionnelles. Elles se focalisent uniquement sur une catégorie d’intérêt: genre, position sociale ou origine ethnique etc. Elles ne sont pas représentatives d’une réalité sociale. Par conséquent, les statistiques qui en découlent sont imprégnées de représentations devenues une norme. Les programmes de recherche et/ou de politiques de santé contribuent à influencer les professionnels dans les pratiques de soins. Femmes, hommes, étrangers, noirs, blancs, pauvres, etc… sont soignés différemment.

La société française se doit de s’interroger de façon significative sur la prise en charge de toutes ses patientes. la racisation dans le parcours de soin aboutit à une discrimination. L’inclusion des données socio-démographiques et socio-économiques permettrait d’apporter des corrections significatives aux disparités inter-raciales et inter-ethniques de santé.

Références

  • La douleur : signification, expression, syndrome méditerranéen Isabelle Lévy Dans Revue internationale de soins palliatifs 2013/4 (Vol. 28), pages 215 à 219
  • Estelle Carde, « De l’origine à la santé, quand l’ethnique et la race croisent la classe », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 27
  • Carde, Estelle. (2014) Les inégalités sociales dans l’accès aux soins : l’origine mise en catégories. Sociologie et sociétés,
  • Priscille Sauvegrain, « La santé maternelle des « Africaines » en Île-de-France : racisation des patientes et trajectoires de soins », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 28 – n°2

Glossaire

*Racisé (é): désigne la condition d’une personne victime de racisation, c’est-à-dire qu’elle est assignée à une race du fait de certaines caractéristiques subjectives. Exemple: Pour certains chercheurs, un individu racisé est victime d’une forme aggravée de l’ethnicisation.