Daniel Kaluuya et Jodie Turner-Smith sont les personnages principaux de ce film qui ne manquera pas de faire parler.

Queen and Slim, le 1er long métrage de Lena Waithe

Il est écrit par la talentueuse Lena Waithe (The Chi, Dear White People, Master of None, etc.). Le film est décrit par certains comme une version Black de Bonnie and Clyde ; mais la comparaison est facile et réductrice car elle ne rend pas compte de la complexité du sujet.  Mis en image par la réalisatrice Melina Matsoukas débutante dans un format long.

Melina Matsoukas réalisatrice américaine
Melina Matsoukas

En effet, la réalisatrice américaine est connu notamment pour son travail auprès d’une autre Queen (Beyonce pour ne pas la nommer). Elle a réalisé plusieurs clips dont l’iconique FORMATION. Elle a également réalisé le « We found Love » de la chanteuse Rihanna (ndr.)

Queen and Slim, le thriller romantique

Queen and Slim est l’histoire d’un rendez-vous galant qui tourne mal ; les deux personnages principaux sont arrêtés par la police lors d’un banal contrôle de circulation. Mais voilà , en Amérique, lorsqu’on est noir, la plus banale des expériences peut vite tourner au drame. Slim (interprété par Daniel Kaluuya) dans un moment de panique et de légitime défense, ouvre le feu sur un officier de police et le tue.  Les deux compères décident de prendre la fuite, et partir sans demander leurs restes.

Interrogée sur le film., Lena Waithe décrit le film comme une « meditation on blackness » ; elle y narre la complexité du fait noir dans l’Amérique contemporaine.

Lena Waithe, Melina Matsoukas et Jodie Turner-Smith

Les personnages sont, comme à leur insu, perdus dans une guerre silencieuse et systémique.

Queen and Slim met donc en lumière la difficulté, qu’ont les africains-américains, dans leur vie ordinaire. Mais même empêtrés dans le tourment d’une course contre la montre et contre les préjugés d’une société, même dans la douleur, nos héros continuent de vivre, danser, rire, espérer. C’est aussi cette résilience que le film voulait mettre en lumière. Dans une certaine mesure, le fil humanise les Eric Garner, Philandro Castile, et autres Sandra Bland. Ces victimes de brutalité policière souvent diabolisées pour justifier leur mise à mort par une autorité censé « protéger et servir ».(protect and serve ndr.).

Lena Waithe s’exprimant sur une scène d’amour entre les personnages , affirme d’ailleurs avoir voulu redonner aux noirs cette humanité que trop souvent la société semble leur refuser. Elle voulait, affirme-t-elle, les représenter, au-delà de toutes idées préconçues, semblable au reste de l’humanité, vulnérables et humains simplement, ni plus, ni moins. Waithe revendique et assume une écriture noire nécessaire pour traduire notre réalité avec nos mots.

L’incroyable Bande Originale

La bande originale est la cerise sur le gâteau et forme, avec le film, un tout complémentaire et indivisible qui ne manquera pas d’évoquer les années Loves Jones, Boomerang et autres New Jack City. Burna Boy, Lauryn Hill, Tiana Major9, EARTHGANG sont autant de noms qui ont participé de cette bande sonore faite d’un peu de Pharcyde et de Solange Knowles, ponctué par du Gospel et un peu de soul. (notamment un remix du hit Soul Sista du chanteur Bilal produit par Madlib) ; le tout saupoudré par du Fela Kuti. Autant dire que l’ambiance musicale est un véritable tribut aux sonorités afro du monde.

Les réalisateurs semblent vouloir lancer un message subliminal en liant sans distinction des sons de l’Afrique avec ceux de sa diaspora globalisée dont les sorts sont inextricablement liés

Rotten Tomatoes a décerné la note de 100% au film qui pourrait bien devenir un projet culte à  ne pas manquer.

Le long métrage “Queen & Slim” de la réalisatrice Melina Matsoukas ne sortira en salle que le 12 février 2020.