Cet acte est une manière pour les policiers de toucher les hommes de banlieue dans l’un des seuls bastion qu’ils leur restent : leur masculinité. Cette pratique du viol par les forces de Police n’est pas nouvelle. Rien qu’en Seine Saint-Denis, un cas similaire avait eu lieu dans la ville de Drancy mais les policiers avaient fini par être relâché.

Dans cette bien triste histoire, on peut retenir que l’empire colonial dans sa globalité a toujours vu l’utilisation du viol comme une arme d’oppression et de contrôle social. Ce recours au viol a même été codifié et utilisé de manière scientifique durant la bataille d’Alger. Du Chili à Bagdad, de Tananarivo à Yaoundé, les policiers ont toujours utilisé le viol pour briser les résistances mentales plus que les corps. En arriver à une telle violence est une volonté de soumettre l’autre à un rapport de domination extrême. Il y a une sorte de déshumanisation du corps de l’indigène lorsqu’une telle atrocité est commise. Mais comment des fonctionnaires en arrivent à commettre de tels actes de barbaries ?

La justification de ces actes par la hiérarchie policière ou militaire en évoquant des « cas isolés » comme au Burkina Faso ou en Centre-Afrique se transforme en laissez-passer aux pires atrocités pour les troupes, qui de ce fait, mettent en place une distinction entre des populations qu’ils doivent protéger (les  intérêts financiers occidentaux, les expatriés) et les indigènes dont ils peuvent profiter et abuser car ils savent que leur hiérarchie ne les sanctionnera pas de manière aussi lourde vu que ces crimes sont commis sur des populations infériorisées. Ramené sur le territoire français, ces pratiques de distinction implicites entre les groupes humains ne conduisent pas à la pratique du viol  des femmes et de la pédophilie comme en Afrique, mais plutôt au défouloir sur les jeunes de banlieue. Le traitement africain et le traitement des banlieues se réfèrent donc aux mêmes ressorts. Le sentiment de distinction de classe et de race.

Pour en revenir à l’affaire du malheureux Théo, elle reflète un état de totale impunité de la part des forces de l’ordre. Ces derniers pensaient qu’ils ne risqueraient rien et que le système les protégerait. C’était sans compter le contexte de l’évènement.

Plusieurs éléments ont fait voler en éclat l’impunité policière. Tout d’abord, même si la vidéo est floue, c’est un élément à charge médiatique ! C’est d’ailleurs pour cela que Théo a été encore plus molesté. Il explique dans son interview à BFMTV qu’il s’est débattu pour pouvoir apparaitre à la vidéo et ne pas rester dans un coin isolé avec les policiers.

De plus, le jugement de l’affaire de Drancy est actuellement en cours d’examen au Tribunal avec un verdict à rendre le 20 février. Ensuite, depuis le mois de juillet, la ville de Beaumont- sur-Oise (où Adama Traoré a trouvé la mort entre les mains de la police) est sur le devant de la scène médiatique et au bord du conflit social.

Enfin, le dernier élément est le positionnement de Bruno Beschizza, maire de la ville d’Aulnay-sous-Bois. Ancien syndicaliste de la police, il a passé près de 10 ans sur les plateaux de télévision à défendre les policiers auteurs de « bavures » et autres violences.

Dans le cas présent, sous la pression des différents éléments, il n’a pas hésité à soutenir la victime. Cet élément est apparu dans l’affaire comme déterminant car il a permis la médiatisation de l’affaire et le déclenchement du processus « médiatico-judiciaire ». C’est pourquoi, après avoir requalifié le viol en « violence en réunion », le parquet a décidé d’inculper trois des policiers pour violence aggravée (ce qui est rare dans ce type d’affaires) et le dernier pour viol ce qui lui ouvrirait potentiellement les portes de la cour d’assise.

Quelque part, dans le malheur qui a touché ce jeune, c’est une petite victoire pour : la famille Traoré (qui elle-aussi, a été dernièrement une victime de la Police Française), le collectif « Urgence la police assassine », et les jeunes d’Aulnay. La famille Traoré rappelle à la France depuis près de 8 mois, avec une caisse de résonnance médiatique rare, qu’un meurtre commis par les agents de police ne restera pas impuni. La mobilisation des médias est sans précédent dans une telle affaire. « Le collectif Urgence ma police assassine » et sa porte-parole Amel Bentounsi qui mène une bataille contre les crimes policiers et qui est le poil à gratter du Ministère de l’Intérieur depuis plusieurs années.

Les jeunes d’Aulnay-sous-Bois, capables d’émeutes et de soulèvements. Tout le monde se rappelle que la ville d’Aulnay-sous-Bois était en première ligne durant les événements de 2005 avec la mort de Zyed et Bouna. Le maire sait qu’entrer en conflit avec ces jeunes dans un tel contexte, est un risque de voir sa ville brûler.

Cette petite victoire nous apprend également que nous devons nous mobiliser pour que cette Police comprenne que nous ne lâcherons rien et que la vérité éclatera au grand jour. La réussite de notre jeunesse passe par la capacité de notre génération à ne pas suivre le modèle intégrationniste et colonialiste qui nous est destiné. Nous devons tracer notre propre voie et croire en nous-mêmes. La réponse du pouvoir a été d’envoyer des camions de CRS dans la cité de la victime afin de maintenir un climat de répression.

Au matin du mardi 7 Février, nous avons appris que les policiers ont tiré à balles réelles : près de 17 tirs officiellement évoqués par les syndicats policiers. Et selon certaines sources, des habitants de la ville auraient été braqué à l’arme réelle.