Les gabonais sont restés éveillés toute la nuit, une nuit sans fin, en l’attente de résultats initialement prévus le mardi 30 août à 17h. Mais comment se fait-il que cela prenne autant de temps?

Reprenons depuis samedi.

Au Gabon et à travers le monde, les gabonais ont pu exprimer leur voix en passant aux urnes afin de décider qui est ce qu’ils souhaiteraient avoir pour président de la république. Le samedi 27 août, a été une journée plus que symbolique, une date attendue afin de pouvoir changer la donne.

Son septennat achevé, le candidat et prétendant au siège de la présidence Ali Bongo a du mal à céder la place. La famille la plus puissante du Gabon a toujours tenu les rênes, et ceci grâce au père Omar Bongo (né Albert Bernard) qui devint le second président après l’indépendance. Présidence qui dura 42 ans, le décès du père, le fils se fait élire à son tour.

La fin d’un règne ?

Ces derniers mois les campagnes afin de séduire les populations ont laissé place à des coups bas en tout genre. Neuf candidats, dont deux se démarquent. Ali et Jean. Les deux beaux frères. Enfin, ex beaux frères, Jean Ping avait été marié à la soeur de Ali Bongo. Une vraie telenovela !

Ali Bongo

Ali Bongo président du Gabon et candidat à sa succession.

 

Bref, ne nous égarons pas. Ali avait été accusé par ses détracteurs de ne pas être gabonais de sang. Un enfant que le défunt père avait adopté au Biafra. Malgré tous les recours aux institutions internationales, sa candidature est validée. Ping surnommé le chinois, de par son sang mêlé, est accusé de vouloir voler le peuple. Ancien président de la commission Union Africaine et président de l’Assemblée générale des Nations Unies, cela le fait bien sourire.

Jean Ping

Jean Ping 73 ans candidat à la présidence de la république.

 

Candidats distribuant à travers les 9 provinces des paroles et surtout des goodies. Les populations précaires en sont friandes. Avoir un vote contre un tee-shirt, un kit de préparation culinaire, et même mieux cette année ils ont eu droit à des tablettes numériques.

Une population à séduire et les résultats dans tout ça ? Selon les chiffres donnés, près de 600.000 personnes sont allées aux urnes. 600.000 votants et cela samedi 27 août. Et depuis l’attente. Mais comment cela se fait-il?

Les deux principaux candidats proclamaient déjà leur victoire il y  a 48h. Qu’en est-il de la réalité? Le peuple n’en sait vraiment rien. J’écris et je n’ai pas plus d’informations venant du continent.

Lequel des deux aura un grand esprit démocratique et s’avouera vaincu ? Beaucoup de chiffres et de vidéos circulent sur internet. Cela aurait du être une aubaine pour les observateurs internationaux qui, à défaut de constater certaines fraudes, n’ont pu les faire invalider.

Invectives par ci et par là, nos deux candidats ne lâchent rien. Cette nuit c’est le président sortant qui a accusé son rival d’avoir triché  en voulant corrompre des membres de Cenap, la commission électorale  grâce à un conseiller du président ivoirien (immédiatement limogé). La France elle aussi a été dans le collimateur à travers le porte parole du gouvernement gabonais  Bilie-Bi-Nzé.

« Ali a la foule, Ping a le peuple » clamait encore hier soir un jeune devant l’ambassade du Gabon à Paris. Il faut reconnaître que cette élection a mobilisé plus de gabonais qu’en 2009.  » Nous ne voulons pas nous faire voler la victoire cette fois ci ». Mobilisés et déterminés, ces jeunes ont promis de ne pas céder le siège au candidat sortant.

Parlons chiffres. La vraie raison pour laquelle cela traîne ? Il semblerait que Ali Bongo soit battu. Lui annonce 49% des voix en sa faveur contre 42% pour son opposant.

Comment se fait il que ce petit pays toujours calme en arrive à cela? Pour les adeptes de Ping, les chiffres sont truqués, les résultats tardent à sortir car la présidence veut tricher. Près de 60.000 voix séparent les deux candidats selon le camp Ping. Il aurait acquis 59% des voix contre 37 % pour Ali Bongo. Une seule des neufs provinces n’a pas voulu ou pu fournir ses résultats, chose incroyable, c’est de là qu’est originaire le président sortant.

L’attente. Depuis plus de 12h, ils attendent. Peut être un petit regain d’espoir pour certains, une victoire non contestable pour d’autres, le gabonais vont devoir s’armer de patience. Cet état restait l’un des rares pays d’Afrique à afficher une paix constante, mais après 50 ans de pouvoir accaparé par une seule famille, la chute du baril du pétrole, la crise s’intensifiant, le chômage et la pauvreté prenant de l’ampleur, ces hommes et ces femmes ont décidé de dire stop!

« La Patience vient à bout de tout ».