Le 26 et 27 février se déroulait l’Atlantic City Fashion Week à l’hôtel Claridge de New York, où, Dyenaa Diaw et son équipe étaient invités pour  présenter la collection « Fleur d’Ewe » issue de sa marque Peulh Vagabond, qui à été très bien accueillie par les New-Yorkais.

Peulh vagabon New York

La styliste Dyenaa Diaw et une partie de la collection Fleur d’Ewe présenté à New-york. Crédit photo : MIKHAIL VETER

Mais comment une marque née il y a moins d’un an a pu se retrouver dans une Fashion Week new-yorkaise ?

Décryptage auprès de la créatrice Dyenaa Diaw.

IAMUS: Bonjour,peux tu te présenter ?

Je m’appelle Dyenaa, j’ai 37 ans et j’ai grandi à Paris. Je suis née en France et mes parents sont d’origine sénégalaise.

IAMUS: Quel est ton parcours ?

J’ai fait des études de stylisme, mais je n’ai pas eu d’opportunités suffisamment rapide pour avoir la possibilité de travailler dans ce domaine, donc afin de calmer mon impatience je me suis essayée à d’autres domaines, ce qui ne m’empêchait pas de pratiquer ma passion pour la mode à travers les projets que l’on me proposait et qui m’ont permis de rester connectée avec la mode. La customisation de vêtements,la direction artistique ainsi qu’ une super collaboration avec l’agence Art Gency en tant qu’habilleuse mode, qui a réveillé en moi l’envie de créer. Ce fut une époque décisive pour la création de la marque Peulh Vagabond.

Peulh Vagabond

IAMUS: Quand est-elle née et comment ?

Faisant suite à ce que je t’ai dit, j’ai commencé avec quelques pièces à la maison, il a fallu reprendre des automatismes, et l’inspiration a fait le reste. L’origine du nom de la marque est intimement liée à mes origines, mais dédiée à toutes les femmes. Mélanger l’ethnique à l’occidental et en faire une partie intégrante de l’identité de la marque.

IAMUS: Qu’est-ce qui te distingue des autres stylistes qui mélangent les styles, comme toi ?

Avant même la création du modèle, j’imagine un personnage. Pour la première collection, j’imaginais la femme africaine forte avec une personnalité qui en impose, mondaine. Et le contexte serait un conte de fée au clair de lune, et chaque collection ou modèle aura son histoire, afin d’apporter ma touche africaine personnelle représentée par la femme peulh.

IAMUS: As-tu eu des retours concernant ta première collection ?

Oui, j’ai eu de très bons retours, qui vont de concert avec l’esprit de la marque et ce que l’on voulait qu’elle exprime ; des femmes qui se sont trouvées ravies de voir une collection si originale et classe, avec une touche d’ethnique, ce qui je pense me place dans un style ethnique et chic.

Fulanni Peulh Vagabond

Pièces de la collection Fulanni. Crédit photo :CHRISTIAN VERIN/ FREDO H

Fleur dEwe Peulh Vagabond

Pièces de la collection Fleur D’Ewe présentées à New York. Crédit photo: OTTO MONCLOA Galerie W PARIS

IAMUS: Y a-t-il une démarche ou une dimension artistique derrière ta marque ?

Oui, un peu, car il y a cette volonté d’inscrire l’identité de la marque dans le temps en racontant l’histoire de celles et ceux qui ont contribué à construire cette femme peulh. Par exemple, dans la dernière collection, nous avons utilisé le kente, un tissu qui a traversé le temps et qui était utilisé par les monarques africains. Ce tissu richement orné raconte une histoire et fera voyager les personnes qui verront ma collection.

IAMUS: Des inspirations et des références ?

La femme avant tout. Ma mère également, traditionnelle, digne et chic. Puis bien sûr, des maisons de créateur telles que Kenzo ou Yves Saint Laurent, qui savaient travailler les imprimés et osaient le chic extravagant !

IAMUS: Comment qualifierais-tu ton style ?

Vintage. J’adore chiner et j’aime ce qui est vieux. J’aime redonner un second souffle aux belles pièces.

IAMUS: Selon toi, quel avenir pour l’ethnique dans le milieu de la mode ?

Tout est à faire, et actuellement, il bénéficie d’une exposition sans précédent et on peut voir une attente, un souffle dans le monde, qui appellent des marques telles que Peulh Vagabond.

IAMUS: Petite polémique mode d’actualité: Que penses-tu de la photo sur Instagram de Beyoncé tiré de son clip « Formation », clip très engagé ? Et penses-tu qu’elle a plagié ce style ?

Beyonce dans "Formation"/ Instagrameuse Andrea Nicole James Styliste.

Beyonce dans « Formation »/ Instagrameuse Andrea Nicole James Styliste.

Je la respecte, car dans ce contexte, qu’une star décide de prendre position comme elle l’a fait est incroyable. Son message est fort. Il dit : « Vous ne voulez pas de nous, mais on est là ! » Et non, je ne pense pas qu’elle l’ait plagiée. Je me suis rendue au dernier festival Afropunk de New York, et j’y ai vu beaucoup de styles de ce genre avant même la naissance de ce clip. Après, je t’avouerai que j’aimerais bien être plagiée par Beyoncé ! (rires)

IAMUS: Parlons de ce fameux festival Afropunk ou tu t’ai rendu l’été 2015, qu’est-ce qu’il t’a apporté ?

Dyenaa Diaw Afropunk

Afropunk Festival New-York Août 2015

Là, j’ai pris une baffe. Il n’y avait plus ni codes ni barrières. Des inspirations multiples, indiennes, africaines, manga ; c’est vraiment le genre de lieux où j’aimerais voir les gens porter mes créations. Pas besoin de faire partie d’une classe sociale en particulier pour les porter.

IAMUS: Existe-t-il une part d’activisme dans ta démarche artistique ?

Eh bien, dans ma première collection, on m’a reproché de ne pas avoir utilisé de femmes blanches, avançant que je me bloquerais des opportunités auprès d’un public qui ne pourrait pas s’identifier. Moi, plus jeune, je n’avais pas forcément ce luxe, de pouvoir m’identifier. Aujourd’hui, je ne me pose pas ce genre de questions. J’agis à l’instinct, et ma première collection racontait l’histoire d’une femme peulh forte et fière. La prochaine histoire sera peut-être différente qui sait… ? En tout cas, je ne souhaite pas me faire influencer.

IAMUS: Nous allons terminer par cette question : quel conseil mode donnerais-tu à une femme aujourd’hui ?

Ne suivez pas la tendance juste pour la tendance. Portez ce que vous aimez et assumez-le. Soyez une Peulh Vagabond.

: Peulh Vagabond