Gaël Faye, inconnu pour certains et chanteur  atypique pour les autres de par la couleur de ses mélodies et textes épiques, est une découverte pour les amoureux des mots, ceux que l’odeur des livres enivre. Ce bellâtre de  34 ans, enfant arc-en-ciel et symbole du printemps rwandais, est un artiste dans l’âme, révélant ses multiples casquettes au gré de ses humeurs  dont celle d’écrivain.

Résultat d’un mélange entre un père français, une mère rwandaise et vivant au Burundi, Gaël a été marqué dans sa chair et son âme par le drame survenu dans  la ville aux mille collines et ses consœurs, tombées sous les coups  de la bêtise  et la cruauté humaine. C’est dans cette logique qu’il décidera de mettre sa sensibilité au service des causes qui lui tiennent à cœur et se mettra  à l’écriture des textes si profonds dans un style qui lui est propre : le rap.

Avec son groupe Milk Coffee  & Sugar, il sortira un premier opus  sacré « révélation Printemps Bourges » en 2010 ; album fortement influencé par son inclinaison  pour la littérature créole et  le hip-hop.  Fort de l’accueil réservé par le public, il renouvellera l’expérience en 2013 et cette fois, avec un album solo au titre  étrange « Pili pili sur un croissant au Beurre ». Cet album,  résultat d’incessants voyages entre Bujumbura et Paris,  à l’image de son auteur et résultat d’un métissage de sonorités, surprendra plus d’un par sa composition à savoir, semba, rumba congolais, sébène,  soul et jazz ; dire qu’il est un artiste novateur dans son domaine, serait un doux euphémisme.

Gael FayePour les proches et amis de Gaël Faye, la conception de son  premier bébé littéraire  puis le don à la postérité, s’inscrit dans la suite logique de ses différents albums. Sensible et à l’écoute de ses semblables, il ratisse large en racontant l’histoire de Gabriel, héros à l’histoire dramatique voire tragique de son premier roman, PETIT PAYS.

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Gabriel est un jeune garçon qui jusqu’à ses 10 ans, a une enfance des plus normales aux côtés de sa sœur Ana. Sa vie va basculer  à tout jamais dans l’horreur et graduellement avec la guerre civile au Burundi où il réside avec sa mère rwandaise et son père français. Puis l’une des périodes les plus funestes de l’humanité, le génocide rwandais. Il constate et apprend avec tristesse qu’il est non seulement Français, Rwandais et surtout…Tutsi, des mots qui prennent subitement vie, parfois synonymes de déception et mort dans cet espace-temps.

Gabriel est contraint de grandir et fait une entrée tonitruante dans le monde des adultes avec la séparation de ses parents, puis la vision de l’horreur. Marqué à vie, il sera et vivra au cœur du drame ayant marqué  ce  pays du septentrion africain, et ressentira les émotions avec acuité. Gabriel, enfant de 12 ans, renaîtra et gardera une psychologie d’adulte dans un corps de gamin.

Ce  bijou de la littérature ne peut se contempler qu’en s’y plongeant, d’abord en tant que citoyen lambda au début de la lecture, puis en tant qu’africain, rwandais et enfin en tant qu’humain. Pour les plus avertis, ce roman d’une douceur dramatique, vous laissera exsangue de toutes émotions, nourrira votre imagination, intensifiera votre humanité, faisant un pied de nez magistral à la société moderne qui se veut évoluée mais régresse à certains égards.

PETIT PAYS, roman d’une rare intensité, n’est pas seulement une suite de mots pour des maux mais une confession de l’auteur, symbole des mots qu’il a pu mettre sur ses émotions et une lettre ouverte à l’humanité. « N’oublions pas  et apprenons de nos erreurs », semble-t-il dire  au travers de ces 224 pages à travers les yeux d’un innocent. L’Afrique, terre de nos aïeux, en perpétuelle et évolution conflictuelle, est devenue le centre névralgique de certains prédateurs et instances politiques. Sommes-nous prêts à briser les chaînes et remettre l’homme au centre de toutes les considérations ?

PETIT PAYS, roman édité par Grasset, occupe aujourd’hui le devant de la scène, car est non seulement une révélation mais aussi nominé pour le prix Gongourt 2016. Les amoureux des mots ne perdront à coup sûr, pas une occasion de se faire plaisir mais aussi d’enrichir leur collection.