Nous l’attendions avec impatience, finalement, nous avons pu voir Birth of a Nation, lors de sa première projection en dehors  des USA. Et le film vaut son pesant d’or, d’encre et de salive.

C’est un sujet délicat qu’à choisi Nate Parker pour son premier film en tant que réalisateur. Et si un énième film sur l’esclavage sonne d’emblée comme du “déjà vu”. Birth of a Nation a su déjouer les clichés évidents du genre.  Le film montre la réalité des plantations de coton sous un autre angle, plus honnête peut-être, en tout cas plus iconoclaste en cela qu’il ose changer de paradigme, ramenant maîtres et esclaves à leurs petites humanités. Tous humains, tous imparfaits.

Nat Turner est un jeune africain à qui l’on prédit un avenir radieux et un destin unique; le film note habilement le lien complexe entre les religions originelles des afro-descendants mis en esclavage dans les plantations des Amériques et du vieux continent; et la chrétienté imposée, souvent comme arme d’aliénation au service des « maîtres » auto-proclamés.

Esclave dans une plantation de South Hampton en Virginie, le jeune Nat est utilisé par la famille Turner comme une arme d’endoctrinement via des versets bibliques choisis à dessein pour tuer dans l’œuf toutes velléités de contestation des esclaves; au nom de sacro-saintes injonctions divines. Le jeune homme est tourmenté. Il doit choisir entre sa foi et la condition inhumaine faite aux siens par les tenants de cette religion qu’il veut sienne.

Bientôt il met ses maîtres face à leurs contradictions. Ces chantres de la chrétienté sont finalement loin de l’amour christique qu’enseigne les saintes écritures. Cette bible instrumentalisée par les esclavagistes sera aussi l’arme de sa révolte et de la rébellion d’esclaves qu’il conduira par une nuit d’Août 1831.

Birth of Nation

A Birth of a Nation révolutionne le genre en cela qu’il n’y a pas là la sempiternelle figure paternaliste du gentil maître ou du philanthrope blanc à qui les esclaves doivent leur liberté. Dans cette œuvre troublante de réalisme; et au demeurant fidèle à la réalité historique; il est question d’une rébellion d’esclaves conçue et exécutée par  les esclaves eux-mêmes. Nate Parker rend ainsi  à ces millions d’hommes perdus dans les méandres de l’Histoire, un peu de cette dignité que la condition d’esclave leur avait volée.

Les scènes de violence abondent mais le film ne tombe jamais dans la sensiblerie ni dans les bains de sangs « Tarantinesque » avec ses intrigues superfétatoires et trop gros pour être honnêtes. Quoi qu’il en soit le film est un oxymore, à la fois doux et violent ; et il laisse chez le spectateur un malaise inévitable. Et si certaines scènes sont aux limites du gore, Nat Parker et l’ensemble des acteurs jouent juste, c’est notamment le cas d’une Gabrielle Union méconnaissable et si loin des rôles auxquels elle a habitué son public.

« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les récits de chasse tourneront toujours à l’avantage des chasseurs » dit l’adage; A Birth of A Nation séduit car il ose présenter le point de vue des lions, sans compromis.

Une des dernières scènes montre l’image insoutenable d’esclaves, hommes , femmes et enfants pendus à des arbres; et la voix de Nina Simone a quelque chose de guttural qui nous transperce l’âme au fil des mots du bien senti « Strange Fruits ». Il règne alors dans la salle un silence particulier et cette froideur cadavérique de ceux qui entrent dans la lumière.

Nate Parker pour sa part est impressionnant dans ce qui pourrait le rôle d’une vie; mais au-delà de la valeur artistique, il y’a la valeur historique de ce Nat Turner mi prophète mi révolutionnaire qui fut pendu et dont le corps fut démembré comme un Patrice Lumumba avant lui; et comme un certain Osiris avant lui.

Dans une autre vie on le verrait bien compétir pour ces petites statuettes en or! Mais cela c’est dans une autre vie. En attendant cette aube improbable, faites-vous plaisir, aller regarder Birth of a Nation