Avec Here d’Alicia Keys nous offre ce que l’histoire retiendra sans nul doute son album le plus engagé à ce jour.

D’entrée de jeu dans The Beginning la chanteuse nous offre un spoken word où à travers ses mots elle fusionne métaphoriquement avec les mouvements erratiques d’un Dj dont les doigts glissant sur un microsillon enivre les amateurs de kick et de snares. Elle annonce la couleur de l’Album qui reprend quelques-uns des thèmes de son film documentaire présenté au Tribeca Film Festival une semaine environ avant la sortie de son album.

L’album et le documentaire semblent être deux pièces d’un même puzzle et il est difficile de dire qui du film ou de Here a influencé l’autre; il est en tout cas certain que les deux sont complémentaires et le titre She Don’t Really Care co-écrit avec Q Tip et Ali Shaheed Muhammad en est la meilleure illustration. Comme souvent la chanteuse se veut solidaire de la gente féminine

Comme à son habitude, la chanteuse originaire de Hell’s Kitchen co-écrit la majorité des titres. Les sonorités sont tantôt Hip Hop (notamment quand elle s’offre les services de son epoux le nommé Swizz Beat comme sur l’entêtant Pawn it all) tantôt Soulful comme dans Illusions of Bliss.

L’engagement de l’album est audible notamment à travers les interludes comme Elaine Brown – du nom d’une célèbre militante noire affiliée aux Blacks Panthers et pour le moins vocale sur les questions d’incarceration en masse des afro-americains. Alicia Keys prend donc position sur une des questions brûlantes du moment  et se faisant annonce les couleurs d’un album au ton politique prononcé. Quand  l’engagement n’est pas politique social comme dans You Glow interlude ou More than We know où l’artiste loue le génie noire et refuse de se laisser confinés à des rôles de subalternes. Le titre sonne comme un appel lancé aux jeunes noirs à montrer au monde toute la mesure de leur veritable potentiel

Mais l’engagement de l’album va plus loin; Kill your Mama co-écrit avec la britannique Emily Sandé. Alicia Keys est une belle métaphore dans laquelle la terre est notre Mère à tous. Alicia prend fait et cause pour le sort de la planète, ce patrimoine commun victime de l’irresponsabilité des hommes.

La chanteuse nous livre en plus d’un album engagé, son travail le plus personnel à ce jour. La pochette même semble être un message subliminal à travers lequel elle se dévoile; sans artifices, sans maquillage sinon à peine visible, les cheveux naturels lachés au vent; on peut y voir une affirmation de se défaire des contraintes. Elle semble vouloir briser tout mur entre elle et son public et repartir à l’essence et a l’essentiel; c’est en tout cas le message de Girl can’t be herself où elle s’attaque à la société et à ses attentes et ses contraintes.

Cette honnêteté, cette volonté de s’ouvrir atteint son paroxysme notamment dans Blended Family conçu sous la forme d’une lettre adressée à ses fils Egypt et Genesis mais également aux enfants de son époux nés d’une première union. Elle s’attaque donc sur la question des familles recomposées et se fait accompagner sur ce titre par le rappeur  de Harlem ASAP Rocky pour un des titres les plus “groovy” de l’album.

Au final c’est un album dans l’air du temps avec une conscience politique et une prise de position claire sur les problèmes qui affectent la communauté noire aux USA. Se pourrait-il qu’on soit à l’aube d’un retour des albums à texte? Quoi qu’il en soit, Here ne se contente pas des sempiternelles ballades langoureuses et des lamentos sur fond de piano. Il faut croire que la crise sociale que traversent les afro-américains – et qui ont donne naissance à des mouvements comme Black Live Matters – a fini par s’incruster dans les studios et les transistors.  Et si l’album n’est pas son travail le plus commercial ou politiquement correct, il est certainement le plus rafraichissant

Les productions sont signées Alicia Keys, Swizz Beat, Qtip, Pharell et le Canadien Illangelo un des masterminds derrière le succès de The Weeknd entre autres.