J’ai découvert l’illustratrice Natacha Nze Ndong, par hasard, lors de mes recherches sur internet. Il y a quelques temps de cela, j’étais à la recherche d’un(e) dessinateur (trice ) issue de la diaspora. Je voulais me renseigner sur ce métier et par la suite faire une collaboration avec l’un(e ) d’eux/d’elles. J’ai découvert le blog de Vee et le Facebook de Natacha Nze Ndong.

J’ai de suite adoré ses coups de crayon. J’ai eu envie de partager avec vous ce coup de cœur. Natacha Nze Ndong a accepté de répondre à quelques questions.

1- Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter, nous résumer votre parcours et les projets sur lesquels vous avez travaillé ?

Bonjour, je suis Natacha Nze Ndong, jeune dessinatrice gabonaise récemment diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy. En effet, après mon primaire et mon secondaire à Libreville, je suis allée en France étudier l’architecture. Néanmoins, j’ai toujours pratiqué le dessin en autodidacte – ainsi que l’écriture. Actuellement, je travaille à mon compte en tant qu’illustratrice et j’ai pu participer à différents projets, notamment Le Petit Manuel du Cheveu Crépu écrit par Nathalie Avomo Essono, sorti cette année, et le Salon Nkere (1ère édition, juillet 2016).

Natacha Nze Ndong_iamus Natacha

2- Comment travaillez-vous ? (Où ? quel matériel utilisez-vous ?)

Je travaille chez moi. Par la force des choses, mon appartement est devenu un atelier que certains ont définitivement baptisés « la grotte ». Sinon pour dessiner, j’utilise tout ce qui me passe par la main.

3- Que préférez-vous, le dessin au marqueur, encrer et colorer à la main ou le dessin sur ordinateur ?

En réalité, je travaille beaucoup à la main. Même dans le cadre de mes études, 90% de mon travail est manuel. Cependant, c’est lors de ma collaboration avec Nathalie (qui est en fait ma vraie première cliente), que j’ai dû apprendre à davantage intégrer l’usage de logiciels comme Photoshop et autres pour travailler « des rendus » propres à la vente si je peux parler ainsi. Néanmoins, je ne dessine pas sur Photoshop, je ne fais que colorier (ou peindre comme on dit).

En dehors des commandes, j’aime dessiner au crayon ou au stylo (comme au lycée) à la craie grasse ou sèche, aux feutres à l’alcool, à l’encre de Chine parfois, je m’essaye aussi à la peinture à l’huile et j’ai un amour indéniable pour… la mine de plomb.

Natacha Nze Ndong

Croquis au feutre

 

 

4- Chez qui puisez-vous votre inspiration? Quels sont les artistes que vous admirez ?

Globalement, l’inspiration est partout. Pour ma part, je la puise beaucoup dans mon vécu personnel, des expériences rapportées, les gens, les lieux, le quotidien et par-dessus tout, la littérature. Déjà, il faut savoir que je pratique le dessin et l’écriture en parallèle, et de ce fait, les références se mêlent et influent sur les deux.

Enfant, j’ai regardé beaucoup de dessins animés de tout genre (Disney, Marvel, Tex Avery, Manga, Cartoon Network…) ainsi que des séries comme Los Angles Heat, Le loup-garou du campus et plein d’autres choses. Je détestais les livres avec des dessins trop simples et le m’exerçais en regardant Sailor Moon et les livres de Martine.

Techniquement, en termes d’histoire, de visuel et de style, certains films Disney m’ont beaucoup marquée, notamment Ariel, Mulan, Pocahontas et Hercule, car chacun d’eux possède une véritable identité graphique. Trois autres films m’ont également saisie sur tous les plans : Le Prince d’Egypte, Sinbad et Les Enfants de la Pluie. Que je le veuille ou non, ils font partie intégrante de mon univers et influencent mon travail créatif.

J’ai aussi beaucoup grandi en suivant les mangas des années 80, 90 et début 2000.  Même si je regarde moins de mangas aujourd’hui, des séries incontournables comme Ranma ½ ont laissé des traces. J’aime le style, les histoires loufoques, des jeunes filles qui se battent comme des hommes, le caractère mignon, le foisonnement troublant des personnages, l’idée qu’un concept tout simple puisse générer mille situations imprévisibles, et cette intelligence dans la manière de mêler des contes anciens dans un contexte moderne avec une bonne dose d’humour.

En fait voilà, il n’y a pas d’artistes que j’admire en particulier. Ce sont des histoires – et des personnages – qui me marquent.

Je suis passionnée par l’univers des contes et des fables. J’ai grandi avec. Cependant, de tous les contes qui existent, je réalise que celui qui m’a le plus marquée est Le Lac des Cygnes. Pourquoi ? C’est tout bête. On avait un vieux livre à la maison où cette histoire était imagée : les dessins étaient sombres, ils me faisaient peur. Mais le cygne blanc et le cygne noir s’appelaient Odile et Odette comme ma mère et ma grand-mère. Je me suis sentie immédiatement concernée et j’ai lu tout le livre un nombre incalculable de fois.

J’aime beaucoup les récits bibliques à l’exemple d’Adam et Eve, Caïn et Abel, l’Arche de Noé, Samson, Moïse… et la naissance de Christ. Les thématiques abordées ne cessent d’influencer mon travail créatif et ma vision du monde.

Inspiration Natacha Nze Ndong

Avec le temps, des « romans » aussi ont fini par m’inspirer. Certains m’ont marqué au fer rouge comme Les Frasques d’Ebinto d’Amadou Koné (que j’ai lu en classe de 3ème) ou encore La Dame du Nil de Pauline Gedge (lu l’année suivante). Je souligne l’importance de ce dernier car il s’agit du premier roman que j’ai lu de ma propre volonté ; l’histoire conte le parcours d’Hatchepsout, premier pharaon-femme d’Egypte, et celle de son amant, Senmout, qui fut son architecte. Aujourd’hui encore, ces deux figures continuent d’influencer mes personnages et je vous avoue que si je n’avais pas lu leur histoire, je ne sais pas si je serais partie étudier l’architecture.

Quoiqu’il en soit, l’Egypte antique est devenue pour moi une grande source d’inspiration. Mon romancier préféré est un égyptologue, Christian Jacq, et ses œuvres nourrissent constamment mon imagination.

En France, je me suis intéressée aux mythologies et à la littérature médiévale. J’ai lu certains écrits de Chrétien de Troyes portant sur les chevaliers de la Table Ronde et la quête du Saint Graal. J’ai aussi redécouvert certains récits comme Tristan et Iseult, de Béroul, rédigés vers le XI ou XIIème siècle.

Oui, je lis moins de BD aujourd’hui. Mais comme j’aimerais en refaire, je m’y remets doucement et sûrement. J’ai beaucoup d’amour et de respect pour Aya de Yopougon, écrit par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Sans honte, je vous avoue que ce sont les aventures d’Aya (le film et les bandes dessinées) qui m’ont vraiment incitée à vouloir raconter des histoires se passant sur notre continent. Les dessins sont d’une telle justesse et d’une telle sensibilité qu’ils m’ont permis de voir l’Afrique moderne, et plus particulièrement le Gabon autrement.

A part Aya, la deuxième bd qui, malgré moi, est devenue une référence reste Les Nombrils de Delaf et Dubuc. Franchement, je ne l’ai pas vu venir, mais je suis fan ! L’histoire, le style, les personnages, absolument tout dans cette bd me plaît. C’est riche, c’est recherché, c’est beau, c’est fun, c’est drôle, déjanté, anti cliché, frais, dynamique : bref, tout ce que j’aime !

Si je n’avais pas lu Aya et Les Nombrils, je ne sais pas si j’aurais pu faire la commande du Salon Nkere.

Enfin, si on retourne dans le domaine de l’audiovisuel, trois nouvelles références se sont ajoutées à ma longue liste. Le film Loin de la foule déchaînée avec son héroïne saisissante Bathsheba Everdene et le berger Gabriel Oak. Tous deux incarnent mon idéal féminin et masculin en termes de comportement. Ensuite, il y a une série culte anglaise Downton Abbey qui m’inspire sur absolument tous les plans, et pour finir, un film d’animation : Chico y Rita. J’aime beaucoup ce dernier car le côté « croquis » est assumée jusqu’au bout, c’est original, caliente et poétique, aucune vulgarité dans les scènes érotiques… les personnages sont noirs… beaux, brûlants, passionnés… je ne demande rien de mieux !

5- Quels sont les sujets qui vous inspirent ?

Etant donné que j’aime beaucoup les contes, j’apprécie tout ce qui instruit et accompagne l’être humain dans son évolution. La question de « l’identité » me tient particulièrement à cœur.

Aussi, j’ai été sensibilisée à la question du « patrimoine » dans le cadre de mes études. De ce fait, tout ce qui se rapporte au patrimoine visible et invisible, (patrimoine bâti, architectural, paysager ou patrimoine culturel, etc.) m’intéresse inconditionnellement car on ne peut défaire le patrimoine de l’identité.

C’est l’une des raisons pour laquelle je suis très fière de mes premières clientes car les sujets qu’elles traitaient portaient directement ou indirectement sur la valorisation des identités africaines. Par exemple, Le Petit Manuel du Cheveu Crépu parle de nos cheveux, cela fait partie de notre patrimoine génétique et participe à l’édification de notre identité et personnalité. Il est donc nécessaire de savoir comment s’en occuper et le mettre en valeur –  on devrait le faire pour nombre d’autres choses.

6- Vos projets 2016 et au-delà ?

A part des commandes et la quête d’un emploi, je suis sur un roman et d’autres histoires en cours. Je ne peux en dire plus pour l’instant. Mais doucement,  je me réapproprie la bande dessinée – mon rêve est de pouvoir raconter tout ce que j’écris en images.

Merci à Natacha d’avoir pris le temps de nous répondre. Vous pouvez la retrouver sur