A 20 ans, la joueuse de tennis Naomi Osaka s’est illustrée samedi 8 septembre dernier en battant Serena Williams lors de la finale de l’US Open, l’un des plus grands tournois de tennis au monde. Portrait d’une jeune femme à la carrière prometteuse.

Naomi Osaka portant le trophée de l’US Open dames à New York, le 9 septembre 2018. © Caitlin Ochs

Enfance et débuts

Son nom est sur toutes les bouches depuis sa victoire. Naomi Osaka est en effet la première joueuse japonaise de l’histoire à remporter un Grand Chelem.

Née en 1997 d’un père haïtien et d’une mère japonaise à Osaka, la troisième plus grande ville du Japon, elle est la cadette d’une famille de deux enfants (sa sœur Mari, est née en 1996).

La famille déménage aux États-Unis alors que Naomi n’a que 3 ans, à New York, tout d’abord, puis à Fort Lauredale (Floride), où elle s’entraîne encore aujourd’hui.

A l’instar des sœurs Williams, les sœurs Osaka, très proches, sont rapidement initiées au tennis par leur père, Léonard François, si bien qu’elles jouent régulièrement en duo.

Naomi et Mari Osaka

Bien que Naomi Osaka possède la double nationalité américaine et japonaise, il paraît important de préciser qu’elle ne maîtrise que très peu la langue nippone, et représente le Japon seulement en compétition.

Son père, Leonard François, a choisi de la faire concourir sous le drapeau japonais du fait de sa double nationalité. Elle a toujours concouru pour le Japon depuis.

Une carrière précoce

© Julian Finney

Joueuse professionnelle à 15 ans, la carrière de Naomi Osaka décolle en 2016 lorsqu’elle arrive en finale du tournoi de Tokyo, le “Pan Pacific Open”. En 2014, elle battait la championne de l’U.S Open Sam Stosur au premier tour et en 52 semaines seulement, passait de 250ème place mondiale au rang 127. Elle s’illustre par la suite en battant successivement Maria Sharapova et Simona Halep. Elle s’entraîne aujourd’hui avec Sascha Bajin, l’ancien partenaire d’entraînement de Serena Williams.

Une fan inconditionnelle de Serena Williams

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La joueuse américaine Serena Willams

En battant Serena WIlliams 6-2 ;  6-4, Naomi Osaka est entrée dans l’histoire. La jeune femme n’a jamais caché son admiration pour la tenniswomen afro-américaine. Qui aurait cru qu’elle puisse un jour triompher contre elle ?

“A l’école primaine, j’avais fait tout un exposé sur elle. Je l’avais coloriée, je voulais être comme elle.”
Naomi Osaka

Fair-play, si Serena Williams a récemment fait l’actualité pour ses démêlés avec l’arbitre lors de la finale, elle s’est illustrée par son attitude proche de la jeune Osaka, en la rassurant avec une attitude bienveillante lors de la finale.

Naomi Osaka en larmes lors de la cérémonie de victoire de l’US Open, rassurée par Serena Williams

Sur le plateau de Ellen DeGeneres, le 12 septembre, Naomi Osaka confiait que Serena lui aurait glissé qu’elle “était fière d’elle, et qu’elle devait savoir que ce n’était pas contre elle que la foule huait.”

Des origines métissées à l’origine de la notoriété de Naomi Osaka ?

Depuis sa victoire de samedi dernier, les médias internationaux semblent davantage mettre l’accent sur son âge et ses origines japonaises plutôt que valoriser sa double-culture haïtienne et nippone. Un oubli (volontairement occulté par les médias ?) qu’elle ne manque pas de rappeler à chaque interview (voir ci-dessous)

Au journal américan USA Today, elle se confiait :

“Je comprends mieux le japonais que je ne le parle. Quand je me rends au Japon, les gens sont étonnés. En voyant mon nom, ils ne s’attendent pas à voir une fille noire.”

Plus qu’une victoire sportive, une avancée socio-culturelle pour le Japon ?

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Ariana Miyamoto, Miss Japon 2015

Bien que les domaines soient éloignés, on se souvient de la virulence avec laquelle avait été accueillie la victoire de Miss Japon en 2015, Ariana Miyamoto, du fait de ses origines métissées (afro-américaine et japonaise).

Jugée trop noire pour représenter le Japon et pas assez représentative de la beauté japonaise traditionnelle, elle avait ainsi essuyé de nombreuses critiques et propos racistes à son encontre :

“A chaque fois que je reviens, on me fait comprendre que je ne suis pas vraiment à ma place, que je ne serai jamais comme les “vrais” japonais.”
Ariana Miyamoto

A l’instar de Naomi Osaka, elle est ce que les japonais appellent une hafu, à savoir une métisse ayant une moitié de sang nippon. Un terme parfois perçu comme péjoratif, car il permet de distinguer ces personnes métisses des japonais à part entière.

La donne a t-elle changé avec la victoire de Naomi Osaka ? Au Japon, le sport est une fierté nationale, et le triomphe de la jeune tenniswoman pourrait bien contribuer à une toute autre réflexion pour le pays nippon : celle de la “pureté raciale” et des revendications identitaires.

“Nous aimons ce type d’essence : moitié américaine, moitié japonaise. […] Je pense qu’elle apporte un aspect différent et du talent au tennis japonais.”
Akatsuki Uchida (journaliste) –  USA Today.

De retour au Japon mercredi 12 septembre, Naomi Osaka a été accueillie comme une reine lors de son arrivée, avec les félicitations de la presse locale. Pour le pays nippon, c’est une double fierté, après la deuxième place en finale de Kei Nishikori à l’US Open en 2014.

Elle poursuit aujourd’hui sa lancée avec le Pan Pacific Open qu’elle dispute actuellement à Tokyo. Elle s’est imposée le 19 septembre dernier face à Dominika Cibulkova et s’offre ainsi une place en quarts de finale. Le tournoi s’achèvera le 23 septembre prochain.

Naomi Osaka - Dominika Cibulkova Aleeka Magazine

Naomi Osaka serrant la main de son adversaire Dominika Cibulkova après l’avoir battue au deuxième tour du Pan Pacific Open, le 19 septembre à Tokyo – © Eugene Hoshiko