Le whitewashing est une pratique qui consiste à prendre des acteurs blancs pour incarner des rôles de non-Blancs. J’ai eu l’envie d’écrire un article sur ce sujet lorsqu’un de mes amis a mis en doute l’information que j’avais partagée sur l’identité du premier rôle féminin dans le film Ghost In The Shell et la possibilité que le rôle principal serait joué par une actrice occidentale plutôt qu’une asiatique. Cette annonce créa une surprise et une vive réaction chez les fans qui s’attendaient à voir une actrice asiatique. Ce choix est-il raciste ? Est-ce qu’il y avait d’autres choix possibles ? Qu’est-ce que l’on sait vraiment de ce phénomène ?

Une polémique très actuelle

Le 29 mars 2017 sortira le film live de Ghost In The Shell, avec en premier rôle l’excellente actrice Scarlett Johansson dans le personnage du Major Kusanagi makoto, personnage principal de cette série à succès. Ghost In the shell est à l’origine un manga de Masamune Shirow devenu très célèbre grâce à cette série qui fut déclinée en Quatre films d’animations et en trois séries d’animation.

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L’actrice Ming-Na Wen qui joue dans la série Agents of S.H.I.E.L.D. s’exprimait sur cette nouvelle en ces termes: “Je n’ai rien contre Scarlett Johansson, je suis fan. Mais je suis contre le whitewashing d’un rôle asiatique”

Le site « Nerds of color » , un site de critique pop culture pointe le problème et dit: « nous sommes en 2016 et voila comment Hollywood pense que « Motoko Kusanagi » devrait ressembler » 

 

Le Whitewashing une pratique courante?

Avatar « Le Dernier Maître de l’air » , est un film live américain réalisé par M. Night Shyamalan, sorti en 2010 et adapté de la série animée « Avatar : La Légende d’Aang » Une série fantastique fortement basée sur une culture orientale avec des personnages aux caractéristiques chinoises, japonaises, coréennes, indiennes et même inuit. Alors que s’est-il passé lors du casting du film?Casting Film Avatar le dernier maître de l'air actrices

Jem et les hologrammes, est un film sorti le 13 avril 2016 adapté d’un dessin animé célèbre de la fin des années 80. L’histoire parle de 4 jeunes filles qui monteront un groupe composé de Jerrica, Kimber, Shana, Aja. Un groupe assez intéressant par sa diversité ethnique (deux caucasiennes, une asiatique, une noire), diversité compromise par le choix de l’actrice Aurora Perrineau dans le rôle de Shana.

Shana casting fil Jem et les hologrammes actrices

Shana incarnée par l’actrice Aurora Perrineau

Impossible également de passer à coté de l’adaptation la plus navrante et la plus affligeante de toute non seulement par son casting mais également par son scénario: Dragon Ball Evolution! Tiré du manga mondialement connu: Dragon ball.

Dragon Ball Evolution

A gauche: l’acteur américain Justin Chatwin qui incarne héro Goku. A droite: Goku le Héro du manga original;

Que dire de ce whitewashing dissimulé? Seuls les fans de comics pouvaient savoir que pour les besoins du film « Wanted« , Angelina Jolie incarnait « The Fox » une tueuse psychopathe dans le comic book de Mark Millar, J.G Jones et Paul Monts, dont le film à été adapté, sachant que J.G Jones s’est inspiré du physique de l’actrice Halle Berry pour la créer. Ironique?

Wanted Halle Berry Angelina Jolie

De gauche à droite: couverture du Comics Wanted, Personnage « Fox », Halle Berry et Angelina Jolie

L’appropriation culturelle

Les américains ont une très longue histoire dans les pratiques du redface,yellowface, brownface et blackface, qui commence à la fin du 18e siècle et consiste à prendre la place de minorités ethniques telle que les indiens, les asiatiques, les latinos et les noirs, en les caricaturant de manière grossière et raciste.

Depuis quelques années, les studios hollywoodiens, se sont pris d’affection pour les adaptation de comics ou d’animes au cinéma, ce n’est pas la première fois qu’ils diffusent des animes à succès en Asie pour les diffuser chez eux.

Lorsque qu’une oeuvre est déformée selon les critères et les impératifs marketing, elle ne respecte plus l’essence même de la création. Un anime créé par un japonais, au japon, dans un univers japonais est japonais. Ce que font les américains lorsqu’ils se targuent de faire preuve de diversité est en fait de l’appropriation culturelle, ils effacent ce qui donne un caractère authentique à l’oeuvre, et l’adapte de manière à ce que cela convienne à une idée qu’ils se font de ce à quoi un héro ou un univers doit ressembler.

Un exemple intéressant que je peux citer pour appuyer ce que je viens de dire:

en 1984 Hayao Miyazaki (réalisateur du célèbre Totoro ou de Princesse Mononoké) créa le film d’animation Nausicaä de la vallée du vent, adapté du manga du même nom qui sera un succès. Suite à cette réussite commerciale, le film a été vendu à des producteurs occidentaux sans verrouillage des droits d’exploitation, il sorti en 1991 dans les salles américaines sous le nom de Warriors of the Wind, mais dans une version tronquée et censurée sous un format de 1h20, et avec les noms des personnages modifiés. Très en colère, ce ne sera pas avant 1996, que le réalisateur autorisa à nouveau la distribution internationale avec des clauses strictes sur le respect de l’oeuvre originale, et l’interdiction de couper ou modifier quoi que ce soit.

Ce que font les américains lorsqu’ils se targuent de faire preuve de diversité est en fait de l’appropriation culturelle, ils effacent ce qui donne un caractère authentique à l’oeuvre, et l’adapte de manière à ce que cela convienne à une idée qu’ils se font de ce à quoi un héro ou un univers doit ressembler.

Il ne faut pas non plus oublier que les auteurs des créations qui acceptent de laisser libre choix à l’adaptation de leurs œuvres sont en partie responsable et consentant  de ce qu’en font les studios, et immanquablement des pays comme les Etats Unis y apportent souvent des changements notables.

Pourtant la popularité des adaptions des comics et mangas au cinéma, donna lieu à un effort de la part des éditeurs de bandes dessinées qui ont tentés parfois de s’adapter à l’animation du 21e siècle, où les films et la télévision devraient généralement être plus représentatifs de la démographie du monde réel, comme le choix fait en pré-production de l’actrice  Kiersey Clemons qui a été choisie pour incarner Iris West dans le film Flash qui sortira (peut-être) en 2018. Un mouvement sur twitter à même vu le jour, #KeepIrisBlack, car des fans se sont élevés contre ce choix d’une afro américaine au lieu d’une rousse à la peau blanche. Mais il faut rapeller quand même que cette Iris noire n’est pas une invention des studios et qu’elle à belle et bien existé dans le comics, et surtout qu’elle ne peux pas détonner avec l’histoire des américains car elle représente cette diversité du continent américain si chère à acquérir sur grand écran.

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l’actrice Afro américaine Kiersey Clemons incarnera Iris West dans le film à venir « Flash »

Non les personnages d’anime et de manga ne sont pas « Blanc »

dans le camps des personnes qui affirment qu’il n’y a pas de whitewashing, un argument inquiétant et inconscient revient assez souvent sur le fait que les personnages aient l’air « occidental » et qu’ils devraient donc être interprétés par des acteurs blancs, ce qui est bien sur compréhensible mais erroné car lorsque que l’on suggère que les personnages ont l’air blanc, on projette une idée occidentale de ce à quoi les gens devraient ressembler.

lorsque que l’on suggère que les personnages ont l’air blanc, on projette une idée occidentale de ce à quoi les gens devraient ressembler.

Peux le savent, mais par exemple, les japonais utilisent une technique de dessin appelée « Mukokuseki » qui détermine plus une ambiguïté raciale et une apatridie des personnages et des décors. Susan J. Napier, auteur du livre: « Anime: from Akira to Princess Mononoke, Experiencing Contemporary Japanese Animation« , évoque cet univers qui est propre à l’anime et qui n’est pas nécessairement japonais. La culture japonaise traditionnelle ou locale reste présente mais infusée avec des éléments culturels occidentaux, ce qui permet une plus grande accessibilité aux jeunes de différents pays occidentaux d’intégrer les animes dans leur sub-culture créant ainsi un effet de globalisation. Ce qui peux expliquer en partie cette « appropriation » des univers et de leurs protagonistes.

Etre un acteur ou une actrice à gros budget, Une excuse ou une exigence de succès?

Les principales critiques du choix du casting de Ghost In The Shell, avancent qu’il y aurait pu avoir d’autres choix d’actrice telle que Rinko Kikuchi connue pour avoir joué dans le film Pacific Rim la superproduction de de Guillermo del Toro qui a réalisé plus de 384,4M $ de recettes ou alors Chiaki Kuriyama qui a joué dans Kil Bill 1, il y a beaucoup d’autres actrices surement très talentueuses à citer qui aurait collées au rôle mais pourquoi n’ont-elles pas été sollicitées?

Du point de vue de la production des films, les choix en amont impliquent des raisons qui se trouvent au-delà de la couleur de peau. l’actrice Scarlett Johansson à joué dans des films qui ont totalisés 458,9 millions de dollars de recettes au niveau mondial pour le film Lucy de Luc Besson, ou l’incroyable recette du film Avengers avec 1.518 milliard de dollars! Et avec 3,3 milliards de recette au box office en 37 films, il n’y a pas beaucoup de doutes sur la a raison qui à poussé les producteurs à la choisir. S’il y a des acteurs asiatiques à Hollywood qui  possèdent le pouvoir de l’égaler et qui peuvent garantir un gros bénéfice au box-office, alors il est possible que le choix de production soit orienté vers une actrice qui collerait plus au personnage.

Mais que penser du choix du casting de la future adaptation du manga « Battle Angel Alita » deYukito Kishiro (Gunm en france) ? Le manga à succès était dans le viseur du producteur James Cameron depuis des années et il le réalisera avec l’aide de Robert Rodriguez (le réalisateur de Sin City, Planète Terreur, Desperado, Une nuit en enfer, Spy Kids…) Le casting n’est pas finalisé mais la production à annoncée trois actrices en tête de liste.

casting Battle angel Alita Actrices Films

De gauche à droite: Zendaya, Maika Monroe, Rosa Salazar

Il est facile de constater qu’il n’y a pas d’actrices asiatique, pas même une Asiatique-Américaine. Mais la le star power ne peux pas être un argument. A part Zendaya l’enfant de Disney, les autres ne sont pas des Box Office Maker, avec seulement quelques films (et pas forcément les meilleurs), une jeune et nouvelle actrice asiatique aurait très bien pu bénéficier de ce rôle, sachant que James Cameron à déjà permis à des inconnus d’être révélés, (Leonardo DiCaprio et Kate Winslet dans Titanic).

Par exemple on peux évoquer la pièce « Harry Potter et l’Enfant maudit » de la célèbre auteur J.K Rowling qui sortait le 7 juin 2016. Les fans découvrent avec étonnement que  l’actrice noire Noma Dumezweni à été choisie par l’auteure pour incarner le personnage d’Hermione Granger.

Harry Potter Hermione noire whitewashing Films

De Gauche à droite: Hermione de la pièce, la famille weasley incarnés par Noma Dumezweni (Hermione), Paul Thornley (Ron) et leur fille Rose (Cherrelle Skeete), Hermione des films.

Malgré la vague de protestation racistes de certains groupes de fans, l’auteure tenait à préciser que c’était son choix et que la couleur de la peau d’ Hermione n’était pas précisée et que culturellement ce pouvait très bien être une femme noire dans sa fiction et que son choix est également déterminé par les qualités de jeux de l’actrice.

Est-ce que le withewashing est raciste?

Les acteurs blancs à Hollywood étaient une référence par défaut à une époque ou il n’y avait quasiment pas de diversité à l’écran. Impossible donc d’ignorer le pouvoir de l’argent dans les choix effectués par les studios ainsi que l’impact de la suprématie blanche et conservatrice qui compose les investisseurs et décisionnaires des budgets alloués aux réalisateurs.  Il y a des implications transversales donc historiques, budgétaires et sociétales qui régissent le choix d’un casting.

Il est facile de dire qu’il existe de très beaux rôles pour les minorités, quand on les cases uniquement dans des rôles fait pour les minorités (12 years a slave par exemple). De plus d’après le Hollywood Diversity Report du Centre d’études afro-américaines de l’UCLA, un rapport établis chaque année sur la diversité des minorités à Hollywood, le constat est sans appel. En 2014 ce rapport pointait l’incroyable inégalité des postes clés dans la production des films, là ou les minorités raciales et les femmes sont sous-représentés, de l’écriture aux acteurs principaux. Les agences de placement, véritable pont avec les studios, ont tendance à placer les hommes blancs en priorité quitte à spolier les femmes et les minorités. Confrontés à la différence abyssale exposée par les études, les décisionnaires arguent qu’il n’y a pas assez de talents dans les minorités et qu’ils se doivent de faire une différence entre la recherche de l’excellence et les minorités. Une excuse qui n’a pas lieu d’être lorsque l’on peux voir la manière dont ils s’y prennent pour renforcer les stéréotypes.

Les agences de placement, véritable pont avec les studios, ont tendance à placer les hommes blancs en priorité quitte à spolier les femmes et les minorités

Grace au rapport, il possible de comprendre que le problème est multidimensionnel, la machine créative et exécutive est composée majoritairement d’hommes blanc. Du studio(qui donne le feu vert aux projets, qui décide des budgets marketings) aux agences (qui placent majoritairement en tête de liste les hommes blancs), jusqu’à l’académie de la télévision et du cinéma (qui représente qu’une partie infinie de la diversité à cause de l’écrasante majorité de blancs) sans compter les producteurs et showrunners (qui s’entourent de personnes dans le même état d’esprit et ne laissant place à aucunes autre perspectives).

Tout ces facteurs réunis crées un cercle vicieux qui réussit à maintenir une marginalisation des talents issues des minorités ethniques et des femmes. Ceux qui détiennent le pouvoir sont ceux mêmes qui ralentissent les efforts effectués pour changer la donne. Cet industrie lucrative mais risquée, comporte des intérêts financiers et institutionnels qui ne génèrent que des actions qui serviront leurs propres intérêts. Mais une réalité s’impose déjà qui permet tout de même l’espoir d’une véritable évolution: les minorités se transforment pour un jour évoluer en majorité. Avec aujourd’hui  40% de parts d’audience dans la communauté noire américaine, les choses se mettront enfin en marchent pour le changement.