• Depuis que tu es devenue une femme, je ne t’ai jamais vue avec un homme, tu n’as jamais eu de petit-copain.
  • ….
  • L’école, l’école et toujours l’école, nous sommes fiers de toi mais inquiets.
  •  …
  • Serais-tu passée de l’autre côté ?
  • Quoi ? Je ne comprends pas.
  • Serais-tu homosexuelle ?
  • Pardon ?
  • Lesbienne, c’est ce qu’on dit n’est-ce pas ?
  • Oui, lesbienne.
  • Serais-tu lesbienne ?
  • Quoi ? demandai-je en éclatant de rire.
  • Tu n’as jamais découché, tu n’es jamais allée danser avec un homme et personne n’est venu te raccompagner à minuit.
  • Je suis chez mes parents, je vous dois du respect.
  • Tu sors juste pour aller voir ta cousine Annie ou tes copines.
  • Maman, je ne suis pas lesbienne.
  • C’est alors quoi ?
  • C’est comme ça.
  • Il faut me dire, ma fille, il faut me dire. Dit-elle en se levant, triste.

Charone est une jeune femme de 28 ans au physique de naïade, intellectuelle, jeune cadre dynamique et non-déflorée. Aux yeux de la société, elle aurait toutes les caractéristiques d’une femme parfaite, l’on aurait pu lui décerner le prix de la femme vertueuse, si et seulement si elle  était mariée ; car Charone  fait partie de ces femmes fortes, ces femmes qui en veulent, ces femmes qui n’ont pas besoin du quitus des hommes pour évoluer, ces femmes pour qui le mariage n’est et ne sera jamais une fin en soi.

 

femme-noire-triste

 

Les sociétés, quelle que soit leur genèse, quelle que soit la stratification qui leur est propre, ont évolué à travers les ères avec en leur sein, la femme, matrice et mère de l’Humanité. La femme a toujours occupé une place prépondérante au sein de la société humaine et, le cas échéant, de la société africaine. Les racines africaines des périodes inféodées jusqu’aux temps modernes, en passant par l’ère des femmes guerrières, ont toujours été matriarcales, malgré le fait qu’elles ne soient plus que des vestiges, des traces dans la majorité des cas.

Grâce au capitalisme galopant et l’avènement de la mondialisation, la femme qui était très souvent reléguée aux taches régaliennes, la pérennisation de la lignée et l’éducation des enfants, a été obligée de sortir de cette zone d’inconfort pour participer de manière efficiente à l’apport des finances dans le foyer. Les femmes, qui étaient déjà des conseillères, confidentes et géraient officieusement la compatibilité du foyer, ont vu leurs devoirs augmenter ; malheureusement la rationalisation des devoirs, qui devrait être une fonction croissante des droits, n’est pas toujours effective.

L’Africain, foncièrement spirituel, a fortement puisé dans les religions et les traditions, afin d’établir les fondements de la société. C’est dans cette logique que les sociétés se voulant modernes, mais qui se sont parfois repliées sur elles-mêmes afin d’éviter la sur-culture, puis la sous-culture sœurs jumelles de mondialisation, ont parfois été taxées de sociétés rétrogrades, parce qu’ayant refusé d’être dans la mouvance ou encore de faire évoluer certains mœurs ou pans de leur culture.

L’Afrique, jusqu’alors fortement influencée par la société occidentale, est confrontée à de nouvelles idéologies, de nouveaux mouvements : qu’ils soient politiques, sociaux ou philosophiques, à l’instar du féminisme visant l’épanouissement effectif de la femme. La femme africaine se saisit du modèle européen et oublie parfois de l’adapter aux réalités de son environnement ; sa société et finit parfois par se perdre. Mais s’arrêter à ces seuls cas serait faire abstraction de celles qui ont compris, celles qui ont su faire le tri, celles qui ont réussi le pari audacieux d’innover, de changer l’image de la femme et donc de la société car une femme instruite, une femme qui apprend est une société viable et pérenne dans le futur.

La société africaine qui ne conserve que des traces du matriarcat, vestiges des années glorieuses de la femme, doit faire un choix cornélien, faire évoluer la place de la femme et donc, ses droits. La femme, avec la ferme volonté de s’instruire et s’impliquer dans le fonctionnement de la société est freinée à certains égards par des mœurs et des vérités dites empiriques. La moralité devenue circonstancielle et les codes, garde-fous de la société, participent à la création de nouveaux êtres, de nouvelles femmes dites hybrides, symbole de l’unicité déchue de la société.

 

Femmes africaines qui s'instruisent

Les femmes, bien que faisant partie intégrante de la société, revendiquent le droit à disposer de leur vie, elles revendiquent le droit à l’instruction, revendiquent le droit de s’épanouir et le droit de choisir de se marier ou non. Le mariage, qui est ou était un sacrement important de la société, est de plus en plus bafoué ; le mariage n’est plus une garantie du respect et de l’épanouissement desdites femmes. La société, complaisante et très souvent hypocrite, fait du mariage une condition siné qua none au respect des femmes ; le célibat voulu ou non des femmes, crée des remous.

Contrairement à certaines femmes qui se marient afin de faire plaisir à la société ou par pauvreté, et parfois au détriment de leur bonheur, à certaines femmes qui voient dans le mariage une fin en soi, d’autres ont décidé de pleinement vivre leur vie, de choisir d’avoir des enfants ou non, au côté ou non d’un concubin et de faire une priorité de leur épanouissement professionnel.

Certaines femmes, qui ne sont plus des Catherinettes au vu des déviances de la société, choisissent d’être des femmes fortes, des figures de proue, des modèles quel que soit leur domaine d’activité, réussissent à s’illustrer positivement mais malgré tout, ne sont pas toujours respectées ; car ne vivant pas au travers d’un homme.

Certaines femmes devenues célibataires par la force de la nature : veuvage ou divorce, ont choisi de se prendre en charge, de vaillamment se battre pour le bonheur et le bien-être de la progéniture, bien que s’étant fondues dans le moule de la société. Elles se retrouvent seules à bien des égards dans ladite société. La reconnaissance et le respect qui leur sont dus, de par leur position de matrice et femme, ne leur sont pas donnés, elles sont parfois reléguées au rang de rebuts.

Les femmes célibataires avec ou sans enfants, et de pères différents ou non, sont très souvent considérées comme des femmes à disposition, des femmes qui assouvissent les besoins de ces messieurs.

Les femmes, échappées du système, des femmes qui se sont insurgées à l’instar des femmes ayant été traumatisées par l’excision, les violences conjugales, les rescapées de guerre entre autres et qui ont choisi de renier la gent masculine, deviennent et demeurent des incomprises.

Sur le plan professionnel, les femmes célibataires par choix ou non, sont en majorité discriminées à diplômes égales et expériences identiques par rapport aux hommes tant au niveau des responsabilités que de la rémunération.

Au vu de ce qui a été précédemment cité, se poser la question de savoir si la société bien que prônant le respect des droits, des libertés et de la laïcité, est évoluée ne serait pas du luxe. Et si oui, quels sont  les critères de ladite évolution ?