L’Afrique ne cesse d’inspirer les artistes, les grandes maisons de mode à travers le monde. Tous ont le regard tourné vers le continent depuis quelques années. C’est au tour de la maison Hermès. La marque s’est en effet inspirée du tissu Ndop pour créer sa nouvelle collection de carré : « NDOP » de dimension 90 *90 cm.

Carré Hermès inspiration NDOP

Sur le site de la marque, au niveau de la rubrique « Histoire du dessin », la marque explique s’être inspirée de la Fondation jean Félicien Gacha dont le tissu Ndop constitue la richesse ornementale. Les tissus Ndop des Bamilékés (ethnie de l’ouest du Cameroun) sont faits de coton tissé en bandes étroites. Si cette première étape est réalisée dans le nord du pays, non loin de Garoua, ce sont ensuite les femmes Bamiléké qui appliquent à l’aide de fil de raphia les motifs qui seront teints à l’indigo.  Une bonne stratégie élaborée par la marque pour éviter de tomber au coeur des polémiques liées à l’appropriation culturelle. Foulards disponibles sur site Hermès à 360 euros soit 236 000 FCFA l’unité.

Appropriation culturelle ou appréciation de la culture ?

L’appropriation culturelle, kézako : L’appropriation culturelle représente le fait, pour les membres d’une culture, d’utiliser ou d’adopter certaines pratiques culturelles des minorités. Pour certains, l’appropriation culturelle est perçue comme très irrespectueuse et deux grands points de vue s’opposent : ceux qui la considèrent comme un hommage ou un brassage des différentes cultures, et ceux qui la considèrent comme raciste, rabaissante et parfois même suprématie.

Mais comment objectivement définir la frontière entre appréciation de la culture et appropriation culturelle.

Emprunt, inspiration ou sample : ces concepts sont au cœur de la créativité. Les artistes de tous les milieux créatifs conçoivent leurs œuvres à partir de tout ce qui les entoure : du cinéma, de la peinture, de la sculpture, de l’histoire, de la télévision ou encore des différentes civilisations.

Faut-il être d’origine minoritaire pour pouvoir s’approprier ou se réapproprier cette culture ? Pas forcément. Mais l’héritage culturel ne peut être occulté. L’utilisation des textiles traditionnels peut être aussi un moyen pour présenter les cultures minoritaires au monde entier ?

Retour sur quelques polémiques

Chanel et son boomerang à plus de 1000€. La marque de haute-couture française a fait scandale avec ce petit accessoire, tout droit inspiré du boomerang utilisé par la culture australienne indigène. On l’accuse de vouloir « occidentaliser » la culture aborigène australienne.

Boomerang Chanel

Pour son défilé printemps/été 2016 à Paris, Valentino s’était retrouvé au coeur d’un scandale de grande ampleur. Sur 87 mannequins qui défilaient pour sa collection inspirée de « l’Afrique tribale », seuls 8 étaient noires.

Karlie Kloss et Victoria’s Secret ont aussi fait l’objet de vives critiques après que le supermodel a enfilé une coiffe indienne lors de l’un des explosifs shows de lingerie de la marque. La marque Kokon To Zai basée à Londres a, elle, été prise à partie pour son sweatshirt Shaman en tissu éponge dont le motif est exactement le même que celui d’un vêtement porté par un chaman inuit, couvert de symboles sacrés afin de se protéger de la noyade.

Beyoncé qui emprunte à la culture indienne dans le clip de Hymn for the weekend de Coldplay

Début février, les internautes se son indignés à propos d’une jupe mi-longue à carreaux vendue par la chaîne Zara. Jusqu’ici rien d’étonnant. Sauf que cette “jupe fluide” n’est pas sans rappeler le “longhi”, une étoffe drapée autour de la taille portée par les hommes comme les femmes, notamment en Inde et d’autres pays d’Asie du Sud.

Zara jupe inspirée du longhi

Il y en a beaucoup d’autres, la dernière en date est celle de Jay Z et Beyonce.

Pour l’affiche de leur nouvelle tournée de concerts prévue cet été, Beyoncé et Jay-Z se sont inspirés d’un classique du cinéma sénégalais : film culte de 1973, Touki Bouki de Djibril Diop Mambéty. Un énième hommage à la culture africaine ou encore simple appropriation., Quand on sait que les deux superstars américaines n’ont annoncé aucune date sur le continent africain.

Touki Bouki

Affiche du film culte sénégalais de Djibril Diop Mambety, Touki Bouki