Nos communautés africaines sont régies par des coutumes, traditions qui souvent nous dépassent. Toutefois celles-ci participent au bon fonctionnement de ces sociétés avec des valeurs importantes telles que la solidarité et l’entraide! L’une de ses us et coutumes : la tontine.

Qu’est ce qu’est la tontine ?

Saviez-vous que le mot tontine a été inventé en 1653 par des français. Il vient de Lorenzo Tonti, qui était un banquier d’origine napolitaine. Monsieur Tonti proposa au cardinal Mazarin (un diplomate et homme politique, d’abord au service de la Papauté, puis des rois de France Louis XIII et Louis XIV. Il succéda à Richelieu en tant que principal ministre d’État de 1643 à 1661) un système dans lequel chaque membre verse un capital afin d’investir en commun dans un actif financier ou d’un bien dont la propriété revient à une partie seulement des souscripteurs.

En Afrique et en Asie, cette pratique existe depuis près de 2000 ans ! C’est en quelque sorte l’ancêtre du crédit à taux 0. Pourquoi ? Parce que les systèmes bancaires n’ont pas toujours existé, et quand dans un souci de solidarité, on crée des systèmes pour améliorer notre existence.

Même si aujourd’hui nous connaissons surtout la tontine pour son aspect financier, sachez qu’autrefois c’était aussi un groupement de villageois qui travaillait à tour de rôle dans les champs ou les maisons des uns et des autres !

Comment ça fonctionne ?

Chez moi au Mali, cela s’appelle « Pari » ou « Ton », c’est un groupe de personnes qui versent périodiquement une somme d’argent définie. Cette somme forme un capital qui sera remis intégralement à chaque membre et cela à tour de rôle.

Depuis quelques temps, je fais aussi partie d’une tontine familiale. Avec mes 12 cousines, nous nous réunissons tous les mois autour d’un bon repas chez « l’aînée » de la famille. Chacune d’entre nous verse 200 euros, à l’issue d’un tirage au sort ou selon les besoins de chacune, nous désignons celle qui bénéficiera des 2600€.

On peut ainsi dire que la 1ere bénéficiaire aura contracté un crédit mais que la dernière empochera son épargne.

En parallèle, nous avons également constitué une caisse pour pallier aux divers événements dans notre famille. Dans cette caisse, nous versons chacune 20 euros, elle nous permet de participer aux baptêmes, aux mariages mais aussi aux décès…

tontine_africaine

Au Cameroun, on appelle cela « Djangui », il existe également plusieurs systèmes tontiniers dont celles expliquées précédemment, et aussi :

– Caisse de prêts: chaque participant verse une somme d’argent en fonction de ses possibilités, cette somme vient s’ajouter à celles des autres membres pour constituer la caisse des prêts. Les participants comme les non-participants peuvent se voir accorder un prêt dont le remboursement produira des intérêts qui seront redistribués en fin de cycle à chacun des membres uniquement, et cela au prorata de ce qu’ils y auront versé au cours du cycle.

Au Bénin, c’est le « Gbé » ou « Esi » : suite à la crise économique survenue à la fin des années 80, on voit accroître les banquiers ambulants. Les souscripteurs versent une cotisation en fonction de leurs revenus, puis empochent l’épargne toujours par rapport à leurs versements.

Que ce soit le « Nath » ; « Piyé » au Sénégal, ou le « Diari » ; « Wari » en Côte d’Ivoire il existe autant de similitudes que de différences dans ces histoires de tontines, de caisses avec ou sans taux d’intérêt.

Chez les asiatiques, on retrouve plusieurs systèmes qui s’apparentent à la tontine, ceux-ci sont régies par des règles plus ou moins complexes toujours dans un souci de ne léser personne tout en faisant des « bénéfices ». Voici l’un d’entre eux, les vietnamiens appellent cela Hui (on prononce Hooye), c’est un jeu de prêt à intérêt levée aux enchères.

On constate que les tontines africaines sont principalement utilisées pour faciliter le quotidien, tandis que les tontines asiatiques permettent aux souscripteurs d’investir dans des projets et faire du commerce.

Ces tontines peuvent compter des centaines de membres, et brassent donc beaucoup d’argent. Toujours dans un souci de bon fonctionnement il faut instaurer des règles, et elles doivent être strictes.

En voici quelques-unes :

  • Lorsque qu’on entre dans une tontine, on s’engage à y rester jusqu’à ce que le dernier membre « ramasse » la cagnotte! On est en-ga-gé jusqu’à la fin!
  • Verser impérativement la somme complète à la période définie
  • Respecter la date de versement
  • Le versement doit se faire essentiellement en espèces
  • Le manquement à ces règles expose les membres à de fortes amendes et sanctions.

Pour que cela fonctionne, il faut des règles.

En dehors de ce fort aspect financier, la tontine est aussi le moyen de se réunir régulièrement. Pour ma part c’est devenu mon rendez-vous mensuel avec mes cousines, on passe une bonne après-midi autour d’un bon repas et il y en a une qui empoche 2600 euros, c’est plutôt cool non.

Mais pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir leur famille à proximité, j’ai découvert deux applications, qui vous permettront de gérer l’organisation de vos tontines à distance! Vous pourrez faire vos versements, gérer vos réunions ou discuter tous simplement :

IDJANGUI un site créé par Achille Noussi Nghukam et Eddy Joël Tchousse Lonkeng

DJANGUI une application créée par Jules Guilain Kenfack

Dans une société où l’on doit justifier tout et n’importe quoi, on oublie souvent que si la parole de l’homme n’est pas suffisante sa signature ne vaudra pas davantage. L’attribution d’un prêt basé sur la confiance, alliée à une dispense des démarches administratives attire de plus en plus de monde.

Croyez-moi, la tontine n’est pas prête de disparaître !