Au détour d’un couloir  du « Salon du Livre de Paris », rebaptisé « Livre de Paris », nous avons  fait une rencontre des plus surprenantes ; nous avons pu dégoter une perle, une merveille  de la littérature.

C’est une jeune femme affable, pleine d’assurance et possédant un certain charisme. De corpulence assez fine, une taille moyenne, des épaules frêles et un port de reine, elle ne pourrait passer inaperçu. Son visage aux traits fins, le front haut, les yeux étirés, le nez droit, les  joues creuses, la bouche aux lèvres lippues, le teint jaunâtre et les cheveux lâchés à la « Tina Turner », Khadija Camara, puisqu’il s’agit d’elle, est une vraie femme africaine.

Notre invitée de ce jour, jeune guinéenne de 22 ans,  est ouverte et accepte de se prêter au jeu des questions-réponses.

Place à l’interview…

D’où tires-tu ton inspiration ?

Kha : un mot, une image qui m’a affectée, je n’ai pas d’inspiration directe particulière. Peut-être en ai-je une que je ne vois pas.

Quelles sont tes motivations réelles ?

Kha : une passion  pour l’écriture, j’adore créer des personnages, créer mon propre univers ; j’aime bien avoir mon monde où je contrôle tout, je sais qui va vivre, qui va mourir, savoir ce que chaque personnage fait  Je crois que je fais surtout confiance à mon imagination.

Tu as dit tout-à-l’heure écrire depuis toute petite et généralement, lorsque l’on écrit, l’on a déjà la passion des mots, l’on est féru de lecture. J’aimerais savoir pourquoi avoir choisi d’écrie des polars parce que, notons-le, une femme africaine écrivant des polars, c’est rare. Pourquoi avoir choisi ce genre ?

Kha : je tiens déjà à préciser qu’un genre  ou le genre ne devrait pas exister dans le domaine de la littérature. L’on ne devrait pas assigner chaque thème à un genre, cela peut porter à controverse.

Mes propos ont été ambigus, je te le concède mais ce n’était en rien sexiste mais je tenais juste à  rappeler que des auteures africaines, des auteures de thriller et polar, c’est rare.

Kha : je suis d’accord. Lorsque j’ai commencé, je n’avais  vraiment pas à l’esprit  que ce soit  ou devienne un polar. J’ai en effet, laissé mon imagination voguer,  je n’ai pas mis de limites à mon histoire. C’est au  fil des chapitres, du temps, que je me suis rendue compte que cela devenait un polar. Etant fanatique de polar, je me suis rendue compte au cours de l’aventure, au début que  c’en était un,  tout un défi. Boulimique de polar, je me suis prise au jeu, je suis rentrée dans la peau de mes personnages, j’ai aimé penser comme eux, penser comme des serial killers, comme des inspecteurs, détectives, mes acteurs et personnages préférés de polars et thriller. J’aime voir comment les personnages arrivent à tomber, à aller si bas, puis à se relever.

LivreLaMission

Pourrait-on avoir un résumé de l’œuvre ? Pourrais-tu nous  donner un bref aperçu du livre sans trop en donner ?

Kha : alors c’est une histoire assez complexe, différente des autres. J’ai souhaité que tous les jeunes africains puissent se reconnaitre en mes personnages  car  je ne leur ai pas attribué de nationalité, je n’ai volontairement pas souhaité situer cette histoire dans l’espace-temps et encore moins, géographique.

Une histoire n’étant pas spécialement destinée aux africains, même si l’héroïne est guinéenne.

Kha : on peut le dire même si ce n’est pas avéré, mais elle est africaine c’est certain. Cette histoire peut être située au Cameroun, au Burindi, en Guinée ou ailleurs. L’important pour moi, étant de faire rentrer chaque lecteur dans la peau du personnage. Je décrivais les maisons mais n’ai volontairement pas donné un nom  au quartier comme  c’est généralement le cas, dans les romans africains.

Y a-t-il des marqueurs temporels ?

Kha : non, aucun. Les fanatiques de polars se retrouveront assez facilement.

Un bref résumé du livre,

Kha : alors, c’est l’histoire d’une adolescente qui va faire une entrée dans le monde de la violence et la drogue. Elle est coincée et remarquera que tous ceux qui l’approchent, le font par intérêt, pour son intelligence. Elle fera la rencontre d’un homme pas très net, après avoir constaté que la compagnie pour laquelle, elle travaille est assez louche et trempe dans des activités. Au début, elle n’est vraiment pas justicière. Pour le reste, je vous laisse découvrir.

Ecrire implique généralement, faire passer un message. Le cas échéant, le message serait lequel ?

Kha : c’est un appel aux autorités afin qu’ils se rendent compte qu’ils devraient travailler en coopération avec les parents car l’adolescence est une période assez difficile et la plus difficile, dans l’édification et la construction d’un enfant.

La mission, c’est surtout ne pas perdre espoir, l’on peut toujours s’en sortir et se relever si  l’on est bien entouré ou pas. Même dans  une situation dans laquelle, l’on a l’impression que l’on a tout perdu, l’on est dans le feu, le creux,  il faudrait toujours garder espoir.

Pourrait-on avoir une idée du processus, de la pensée qui nait jusqu’à la publication du livre ? Pourrais-tu détailler pour de potentiels auteurs ?

Kha : le processus a été très long. J’ai commencé à l’écrire au lycée et après mon baccalauréat, je suis allée m’installer au Ghana  où j’ai fait la rencontre d’un éditeur qui a promis traduire mon livre en anglais et le publier au Ghana. Mais il s’est avéré que  ledit éditeur était un arnaqueur, il a pris de l’argent  mais n’a rien fait. C’est à mon arrivée en France que j’ai  trouvé un éditeur répondant à  mes critères.

Ce fut aventure pleine de rebondissements, malgré toutes les péripéties relatives à ce livre, je n’ai pas perdu espoir, je ne regrette pas.

A long terme, est-il uniquement destiné à un public francophone ?

Kha : non, j’aimerais bien l’internationaliser et le traduire en plusieurs langues.

Quand a-t-il été publié ?

Kha : novembre 2015.

Il serait peut-être indiscret de la poser, mais je ne saurais  en faire fi. Nous parlerons ici des droits d’auteure, qu’en pensez-vous ?

Kha : j’ai toujours souhaité avoir  la majeure partie de mes droits d’auteure et c’est ce que  la maison d’édition « Jets d’Encre » m’a proposé. J’ai aimé le contrat qu’ils m’ont proposé, leurs critères correspondaient aux miens. Je me suis laissée tenter.

Généralement, l’on propose le minimum syndical  proposé dans la profession serait de 10%.

Kha : je me dis que c’est peu, puisque c’est vous qui avez écrit le pavé. Vous vous êtes donné à 1000%, des nuits blanches et pour certains, passer par des correcteurs-relecteurs et se  voir proposer si peu, c’est injuste à mon humble avis. Certaines maisons  d’éditions se font un chiffre d’affaires sur le dos des écrivains même si ce sont eux, qui sont en bout de chaine.

Le projet, une adaptation, y avez-vous déjà pensé ?

Kha : j’y ai pensé, j’attends juste que l’on me le propose. Il est vrai que le livre compte 300 pages, il serait plus facile de vivre cette histoire en 45 minutes voire une heure ou 1h30mn et pourquoi pas ?

Alpha : ce qui permettrait d’avoir une idée de la qualité, surtout pour ceux qui n’aiment pas lire.

Quelles sont à ton avis, les qualités que devrait avoir un écrivain ?

Kha : les qualités premières devraient être la patience et l’écoute. Il ne faudrait pas avoir peur du syndrome de la page blanche et surtout que la flamme de la passion continue à bruler, que l’on soit rémunéré ou pas.

Un auteur  est souvent le porte-parole des sans-voix, il dénonce, il décrie les maux qui minent la société même les thèmes tabous. L’on écrit pas seulement pour soi mais aussi pour les autres.

Quels sont les auteurs qui vous ont inspirés ?

Kha : Amadou Hampâté Bâ, c’est l’un de mes auteurs favoris. Camara Laye et Chimamanda Ngozi Adichieque que j’ai pu rencontrer, j’ai dévoré tous ses livres ; je suis d’autant plus fascinée par le fait qu’elle  soit féministe et mette en valeur, en lumière, les femmes.

Les auteurs africains de polars ?

Kha : je n’en connais malheureusement, pas.

Alpha : peut-être parce que des auteurs africains de polars sont assez rares.

Pas spécialement, il y en a tel le gabonais Jamis Otsiemi, il a une très belle plume.

Kha : pendant ma jeunesse, je ne me suis pas spécialement éloignée de la littérature africaine ; c’est plus tard que je m’aventure dans  tout ce qui est polar.

Pourrait-on avoir un bref aperçu de la femme que vous êtes, après l’auteure.

Alpha : vous êtes originaire du pays « soussou » et avez mangé du « bouwérè » (Rires).

Kha : j’ai mangé du bouwérè comme tous les guinéens ( rires) mais je ne suis pas du pays « soussou » mais plutôt de la Haute Guinée, je suis Dialonkè, comme Matavié ( rires).

Je fais partie de la nouvelle génération de femmes guinéennes, la représente et le revendique, ambitieuses, travailleuses,  indépendantes et qui surtout se battent pour le respect des droits de la femme, j’ai des rêves et surtout, je suis ambitieuse.  J’aimerais surtout que les choses changent dans mon pays.

Alpha : une idée de ton cursus scolaire ?

Kha : j’ai  étudié en Guinée jusqu’au Bac et au Ghana, j’ai fait une école de langues, puis je suis arrivée en France et me suis inscrite dans une école de commerce.

D’autres livres en projet ?

Alpha : perspective de Khadija ?

Kha : j’aimerai  encore publier des livres mais je ne suis pas pressée.

Alpha : un message à l’endroit des femmes, des filles suis se battent, celles qui voudraient être à votre place ?

Kha : le travail, le travail, rien que le travail. Il faut exceller dans ce que l’on fait. Etre pauvre n’est pas notre faute mais mourir dans cet état, l’est. Il ne faut pas se faire berner par les hommes et de ne pas choisir la facilité.

Féministe ou pas ?

Kha : je le suis (elle l’admet avec réticence). Il faudrait montrer que ce qu’un homme peut faire, une femme le peut voire mieux.

Alpha : le paysage politique guinéen a commencé à se redessiner, avec l’émergence des femmes, une femme candidate à l’élection présidentielle guinéenne. Quel a été  votre sentiment ?

Kha : j’ai été fière  et je suis encore fière d’être guinéenne, surtout que ce n’était pas pour respecter la parité mais surtout en raison de ses compétences, ce qui est différent des années antérieures. Avec le nouveau gouvernement, nous avons des femmes comme ministre de l’économie et autres.

Alpha : tout le plaisir a été pour nous de vous recevoir sur le tableau de Nostalgie Guinée et sur la tribune de Saphir.

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Où peut-on commander les livres ?

Kha : sur internet ou à la FNAC. L’Harmattan Guinée met déjà le livre à disposition des lecteurs à la coopération guinéenne. J’ai été éditée par la maison d’Editions Jets d’encre. Je suis  aussi présente sur les réseaux sociaux.

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