Cette année a lieu la 5ème biennale de la photographie Photoquai. Installée sur les quais de Seine, cette exposition qui se termine le 22 novembre 2015 a pour but de présenter les œuvres de  photographes internationaux. Venus des quatre coins de la planète, les photographes ont eu pour thème la famille, d’où le nom de l’exposition  »we are family  ». Notons qu’aucun des invités de l’exposition n’est européen, une ouverture culturelle sans précédent.
Près de 400 images triées sur le volet sont à découvrir. Cette exposition créée en 2007 par le musée du quai Branly se tient tout juste en face de celui. Les photographes, tels que Omar Victor Diop du Sénégal (nous vous avons déjà parlé de son formidable travail dans un autre article), Faten Gaddes de Tunisie, Emilie Régnier du Canada, présentent un travail inédit de la photographie contemporaine et bien d’autres.
Notre coup de cœur s’est porté sur une photographe d’origine ivoirienne Joana Choumali. Son travail répond à des questions que l’on pouvait se poser étant petit(e). Pourquoi certaines personnes avaient ces cicatrices sur le visage ?

Joana Choumali
La série de photo de notre jeune prodige, intitulée Hââbré the last génération, raconte les derniers vestiges d’une tradition qui s’éteint.

 

La scarification, une marque identitaire : Traits remarquables à fonction identitaire et/ou protectrice pour certains, la scarification disparaît petit à petit des traditions africaines.

Selon la tradition Moose, les scarifications seraient apparues au Nord du Ghana actuel. Les Moose sont un peuple venu du Gambaga (Nord du Ghana actuel). Selon la tradition orale des Moose, c’est Rialé, le père de Ouédraogo qui aurait introduit les scarifications ethniques chez les Moose. Il mit cette distinction à son fils Ouédraogo afin de le reconnaître parmi d’autres personnes ceci à cause des réticences de beau père de bénir leur union avec sa femme Yennega. Plus tard la pratique se généralisa à tout le Moogo. Par la suite, les marques sur le visage permettaient d’identifier les membres de son clan, au cours de guerres et de conflits. Ces marques furent également une manière de contourner l’esclavage, à partir du XVIe siècle. Les négriers se détournaient des personnes portant des marques sur le visage et sur le corps.

Ces derniers temps, ces derniers pouvaient s’en servir pour s’affirmer comme appartenant à telle ethnie, tribu ou telle classe hiérarchique. Parfois, elles sont à but thérapeutique ou visent à protéger l’individu.

Les scarifications sont pratiquées tant chez les femmes que chez les hommes. Ces scarifications de dimensions variables, sont pratiquées soit sur les tempes, par exemple chez les peuls, mais peuvent aller des tempes au menton chez les Haoussa ; il s’agit alors de véritables balafres, soit sous les yeux et sur les joues. Une véritable marque d’identité, les scarifications renseignent au simple coup d’œil l’initié sur l’ethnie, l’origine, voire la famille d’un individu. Certains considèrent leurs marques comme un insigne de patriotisme. D’autres y voient encore une marque de beauté. D’autres encore pensent que ce marquage tribal peut, tout en attestant l’origine du sujet, lui valoir un régime de faveur.

Il existe plusieurs types de scarification :

Scarification identitaire (les plus connues)

Le Marende : ce sont des cicatrices de la beauté, de l’élégance qui consistent à faire deux ou trois traits horizontaux sur la tempe.
Le wiifu du Nakombga : ce sont les cicatrices exclusivement réservées aux princes qui consiste à faire deux scarifications du visage à partir de la joue au menton l’un à droite, l’autre à gauche.
Le lemme :  ou scarification du menton qui est sous forme d’une croix au menton.
Le dedendga : est une forme de scarification qui consiste alterner verticalement et horizontalement trois scarifications à gauche et à droite des pommettes.

Toutes ces scarifications sont faites par un spécialiste scarifieur.

Scarification protectrice

Abikou : est destiné aux nouveau-nés pour leur permettre de survivre, dans les cas des mères qui ont perdu plusieurs enfants avant d’avoir ces derniers.

Elles ont pour but de protéger et soigner l’individu.

Autres types de scarification

Youbl dayaka ou les scarifications du cou : ce sont des scarifications que l’on fait sur le cou.
Pug wii ou scarifications du ventre : ce sont des scarifications que l’on fait sur le ventre d’où le terme puga qui désigne le ventre chez les moose. Elles se caractérisent par trois cicatrices verticales en haut du nombril, trois en bas du nombril, trois scarifications horizontales à gauche, et trois à droite.
Les scarifications des dents ou limage des dents : qui consistent à tailler les incisives supérieures et inférieures jusqu’à les rendre pointues.

Scarification