C’est un fait: en Europe lorsqu’on parle des discriminations envers les noirs notamment, tous les yeux semblent rivés vers l’Amérique.

En effet, l’existence même du “pays de l’oncle Sam” est fortement tributaire du commerce triangulaire, de l’esclavage, de la ségrégation, des lois Jim Crow, de l’incarcération en masse des minorités (les noirs représentent 12% de la population américaine et environ 45% de la population carcérale), etc.

L’Amérique raciste est une réalité qu’il serait absurde de nier tant l’actualité abonde de faits divers plus incroyables les uns que les autres. Les noms d’Amadou Diallo, d’Eric Garner et autres Trayvon Martin ont remplacé les Rodney King ou Emmet Till d’hier. L’Amérique a une longue histoire parsemée d’épisodes inavouables et l’élection de Donald Trump sous fond de tensions sociales ne va pas arranger les choses.

Manifestation

Mais quid de l’Europe?

L’Amérique raciste semble être devenue la grande façade derrière laquelle s’abrite une certaine partie de l’Europe et notamment de la France. Vivant régulièrement aux Etats-Unis et voyageant en Europe il ressort que le vieux continent a du mal à assumer ses tares ; exemple classique de celui qui est prompt à voir la paille dans l’oeil du voisin tout en ignorant royalement la poutre dans le sien.

La grande Amérique est partout brandie comme l’exemple raciste qui permet d’éviter à l’Europe de se regarder dans la glace. L’exemple de la France est édifiant à cet égard : on évite soigneusement la question raciale, on décrète que les communautés n’existent pas; seule existe la grande et douce France.  Le plus grand mythe de la France politiquement correcte est sans nul doute cette assimilation, ce grand moule qui transformerait les français d’adoption en français de souche à l’accent franchouillard. Une pierre philosophale qui effacerait par un tour de baguette magique tous noms à consonance étrangère et tous Dieux apocryphes pour se fondre dans son essence de pays catholique, de race blanche et de culture greco-latine. Ce leurre entretenu par l’hypocrisie politique a pour corollaire le refus de regarder en face les discriminations et le racisme systémique dont sont victimes les gens de couleurs; et pour cause, ceux-ci n’existent pas officiellement dans la France une et indivisible.

C’est en vertu de cette assimilation dont l’échec n’est plus à démontrer qu’on rejette l’idée de statistiques dites ethniques qui, au-delà de leur instrumentalisation politique, pourraient aussi permettre de dévoiler la réalité peu reluisante trop longtemps dissimulée sous le prétexte fallacieux de l’anti-communautarisme, la réalité du racisme systémique du pays dont sont victimes les minorités et notamment ceux dits “de couleurs”.

J’ai suivi comme d’autres l’histoire de ce jeune garçon dont les parents et les médecins affirment qu’il a fait l’objet de sévices sexuels dans une école de Montreuil et malgré la mobilisation de la famille et de quelques sympathisants les grands médias n’y ont pas consacré le moindre mot. Le jeune Théo dont l’histoire horrible fait grand bruit vient confirmer ce qui n’est plus à démontrer.

Et entendre le chargé de communication du syndicat Unité SGP Police affirmer que l’usage du terme Bamboula est “convenable” ou entendre dire ailleurs que l’introduction d’une matraque dans l’anus du pauvre jeune homme est du ressort de l’accident et non pas du viol, montre la dédramatisation quasi-systématique des violences faites aux noirs.

Le pire c’est certainement ce refus d’ouvrir une fois pour toute un vrai débat sur la question. Oui le racisme est une réalité en Amérique mais l’Amérique compte également: des milliardaires noirs, plusieurs centaines de multi-millionnaires, plusieurs dizaines de CEOS d’entreprises multinationales, plusieurs propriétaires de chaînes de Télévisions , de labels de musique, auteurs à succès, plusieurs milliers d’hommes d’affaires originaires des minorités etc.

En Amérique aussi l’utilisation de termes racistes (nigga: une version hard du “bamboula” français) a coûté cher à Paris Hilton, Charlie Sheen. Paula Dean, longtemps une des personnalités préférées des américains vit sa carrière partir en fumée pour avoir utilisé ce mot.

L’Amérique (et cela depuis le début des années 80) a ouvert cette discussion difficile. Elle a lieu tous les jours sous les regards de tous : sur CNN, sur MSNBC, sur toutes les chaînes de radio, les idées s’affrontent. Alors forcément cela fait des éclats et donne l’impression d’un capharnaüm ingérable. Mais c’est un mal nécessaire. Il est impératif que les idées se confrontent si on veut garder l’espoir de l’avènement d’une société post-raciale. Aux USA ce débat a lieu partout et quand on voit le nombre de jeunes de la génération Y et de race blanche ou d’origine hispanique qui participent aux marches des groupes tels que “Black Lives Matter”, on veut croire finalement que l’Amerique post-raciale est en construction.

La France si prompte à pointer un doigt accusateur en direction de l’Amérique, serait bien inspirée d’en prendre de la graine et arrêter de se mentir à elle-même. La France devrait enfin reconnaître sa diversité pour l’assumer. Peut-être alors que l’intelligentsia bleu blanc rouge osera enfin poser les vraies questions et mettre à son tour les mains dans le cambouis de ces dérapages trop nombreux pour être ignorés.