Auteur talentueux, poète émérite, critique littéraire, traducteur, correcteur-relecteur et autres, Ray Ndebi est connu dans le milieu littéraire comme le loup blanc. Le temps d’une interview, il a accepté  revenir sur son parcours, sa passion.

IMG-20160217-WA0006

Theodore NDEBI aliais RAY

1) Pourriez-vous  présenter en quelques phrases, l’homme et le professionnel que vous êtes ?

Je suis Ray Ndebi, connu ainsi depuis la parution de mon roman THE LAST GHOST : Son Of Struggle, mais je m’appelle Théodore Ndébi, quand je n’écris pas. J’écris toujours, donc… Je suis amoureux du livre ; sa splendeur, toute la grâce de sa dignité, ainsi que l’honnêteté qui s’en dégagent sont maîtresses de mon horizon. Je ne sais pas parler de moi… Désolé.

2) Pouvez-vous présenter vos différentes casquettes dans votre milieu professionnel ?

Comment dire… Je n’ai en fait qu’une casquette ; seulement, je la porte à toutes les saisons. Je lis, relis, corrige, écris, réécris, oriente, traduis, explique, interroge, cherche… tout cela autour du livre.

3) Votre parcours au vu de vos « différentes casquettes », pourrait éveiller la curiosité et la passion d’autres lecteurs et auteurs. Pouvez-vous nous en faire une ébauche ?

Il est vrai que ceux qui m’approchent se posent mille et une questions, quant à l’ensemble de ce que j’ai à offrir ; surtout quand ils se réfèrent à mon background. Je suis diplômé en Banking Management. Mais dès l’enfance, j’ai été confronté à certaines incompréhensions ; j’ai beaucoup lu certes, mais bien plus la nature qui me fait, que les livres qui la dissèquent.

4) Pourquoi avoir choisi de vous consacrer à la littérature ?

Je n’ai pas choisi de m’y consacrer. Pour être honnête, j’aurais préféré un autre quotidien. Dites-moi ce que vous pouvez faire, quand vous êtes persécuté par des ombres , où que vous soyez. J’ai tout fait, croyez-moi, pour vivre autre chose. J’ai commencé par des cours de Banking plutôt que ceux de Littérature. J’ai travaillé dans une banque. Toujours pas de paix. Alors, en 2013, j’ai cessé de courir. Le jour où la Littérature me laissera tranquille, je n’y serai plus, tout simplement.

5) Vous êtes co-fondateur du SALI, pouvez-vous nous en parler ?

Le SALI, Le Salon du Livre Yaoundé-Cameroun, est un groupe qui a vu le jour en 2014 pour voler au secours du livre agonisant au Cameroun. Avec Grégoire Nguédi, Serge Aimé Biligha et plusieurs étudiants qui nous suivent, nous travaillons 7j/7 autour du livre. Notre rêve est de le voir retrouver toutes ses valeurs et, surtout, le cœur des lecteurs. Notre blog et http://plaireetinstruire.wordpress.com

6) Que pensez-vous de la littérature en général ? La littérature africaine, qu’en pensez-vous ?

De façon générale, la Littérature est de plus en plus incomprise ; elle connaît tellement de déviances, que pour être Saint et lui accorder du crédit, il faut être quelque peu fou. Elle est devenue une chose si subjective, que sa relativité est plus qu’effective.
Parler de littérature africaine est autant une offense à la Littérature qu’une confirmation de la subjectivité de la production. Il n’existe pas de littérature africaine. Pourquoi vouloir tropicaliser l’universel ? En parlant de littérature africaine, nous cessons d’être crédibles aux yeux de l’Afrique elle-même, car il faudra aussi parler de littérature nigériane, de littérature algérienne ou de littérature camerounaise… et dans chaque pays, il faudra attribuer une littérature à chaque tribu, à chaque famille, à chaque individu. Parlons plutôt de Littérature en Afrique. Je l’ai dit plus haut, c’est une maison en ruines que l’on veut rebâtir avec des cendres.

IMG-20160217-WA0007

De gauche à droite, Greg NGUEDI, Ray NDEBI (deux des fondateurs du SALI)

  7)  Que faudrait-il changer afin de redonner à la littérature ses lettres de noblesse ?

Il faudrait être honnête et la respecter.

8)  Etant un auteur, vous êtes au fait de tout le processus menant à la publication du livre ainsi que du travail de tous les acteurs. Pouvez-vous nous en toucher un mot ? Comment chaque acteur pourrait-il valoriser au mieux le livre ?

De l’ombre à la matière, il y a du chemin, et plusieurs étapes sont à traverser, en effet. L’auteur est le premier maillon ; il doit déjà savoir que tout livre est soutenu par une langue qu’il faut respecter, tout livre va vers des lecteurs qu’il faut respecter. Le relecteur doit être honnête avec l’auteur après avoir été suffisamment honnête avec sa propre personne ; quand l’on ne sait pas lire un livre, il vaut mieux ne pas s’y prêter. L’éditeur doit oublier la quantité et se concentrer sur la qualité ; il y a des enfants qui lisent des livres pour parfaire leur niveau de langue, alors ce n’est pas la peine de leur servir des ouvrages vides d’intérêt et de grammaire honnête. Quant au lecteur, il nous prouve combien nous écrivons mal ; il a cessé de nous lire.

9)  Avec l’avènement des NTIC, l’écriture a connu un essor notamment avec l’apparition des « Editions Facebook », qu’en pensez-vous ? Quels en sont les impacts sur la littérature et que préconisez-vous ?

L’écriture n’a heureusement pas attendu cela pour exploser. Son malheur, c’est de ne pouvoir se défendre, alors il est publié chaque jour, aux Editions Facebook, des milliers de marques d’irrespect. Je ne saurais condamner le fond des textes publiés, mais je reste ferme en ce qui concerne la forme. La langue doit être respectée. Quelle est la valeur d’un château d’excréments ?

La Littérature en souffre, parce qu’un grand nombre de « J’aime », de ‘Like’ ou de commentaires subjectifs portent l’auteur à se conforter dans la médiocrité. Il n’apprend plus et refuse d’apprendre.

https://plaireetinstruire.wordpress.com/2016/01/13/les-editions-facebook-respectons-notre-langue-litterature-reseau-facebook-ecrire-lire-langue-passion-bonheur-beaute/

 

correcteur

Source : onisep.fr

10) Concernant les correcteurs-relecteurs et traducteurs, bien qu’étant des éléments importants de la chaîne, s’offrir leurs services relève encore du luxe. La plupart des auteurs bien qu’étant conscients du besoin crucial de  faire lire leurs manuscrits et tapuscrits, ne le font pas à cause du coût élevé des services.

 

Vous serez surprise par ce que je m’apprête à dire. Les coûts élevés sont là pour pousser l’auteur à comprendre la Littérature et à la respecter. A chaque fois qu’il fera des progrès, il réduira ses dépenses. Une chose est certaine, nul ne peut corriger ce qui est bien écrit.

Le coût des traductions est différent ; il ne dépend pas de la qualité du livre. Traduire, c’est réécrire, et dans une autre langue. Il y a un éventail de paramètres à considérer pour y arriver. Le montant donné au traducteur est toujours inférieur au travail qu’il doit produire.

 11)  Que faudrait-il, à votre avis, faire, afin d’inciter les potentiels auteurs à aller vers les professionnels ?

C’est un choix que seuls peuvent faire les auteurs. C’est surtout un choix qu’ils doivent faire. Malheureusement, les « jeunes » auteurs prennent leurs textes pour miroirs. Ils ne s’approchent que de ceux qui vont les couvrir de fleurs. Un professionnel traite avec le livre, non avec l’auteur. 

12) La traduction d’un livre en plusieurs langues, qui s’avère parfois nécessaire, est très vite abandonnée à cause du prix exorbitant 2000 € en moyenne, ce qui est  énorme pour l’Africain moyen.

Comment redonner confiance aux potentiels et jeunes auteurs, comment équilibrer la balance ? 

2000 €… cela ne rembourse pas la scolarité, de la maternelle au cours moyen. Pour être sérieux, pourquoi n’est-il pas exorbitant d’acheter un nouvel écran plat à ce prix-là ? Combien de pages faudra-t-il traduire à un tel prix ? Combien de mots faudra-t-il traiter ? A 2000 €, votre texte est balancé dans un logiciel, comme le font la majorité des traducteurs ; d’où des livres dénués de sens et de cohérence.

 13) Quel devrait être le rôle des éditeurs dans le processus de publication d’un livre ? Publier un livre s’avère aujourd’hui être un parcours de combattant, à cause du fameux 10 % pour les plus chanceux et du 1 à 4% pour les moins chanceux, l’on assiste à une mafia autour du livre, au détriment du talent  et salaire des auteurs.

Les éditeurs peuvent prendre tous les pourcentages qu’ils veulent, du moment qu’ils accompagnent les livres qu’ils publient. Les liens internet qu’ils offrent ne sont pas d’une grande utilité, puisqu’ils ne servent qu’aux achats. Ils ne prennent même pas la peine de donner leur avis.

Les éditeurs vomissent plus les livres qu’ils ne les servent. Tout est une question de business ; le tort est aussi à l’auteur qui tient à faire publier un ouvrage irrespectueux des valeurs de la Littérature.

14) Quel serait à votre avis, la solution idéale visant à encourager les jeunes auteurs ?

Il faudrait déjà leur offrir un service de qualité. Même s’ils ne gagnent rien avec leurs ouvrages, ils peuvent être satisfaits, et amplement, par un travail de relecture-correction-critique digne d’une maison d’édition.

Au quotidien, des auteurs viennent à nous au Salon du Livre avec leurs ouvrages publiés ou leurs manuscrits acceptés. Le constat n’est en rien plaisant, surtout quand nous savons qu’ils paient pour ces services.

inlcqkaw

Source : centerblog.net

 15)  Rentrons maintenant dans le domaine de la littérature pure, que devrait faire un potentiel auteur afin de mener à bien son projet ?

Les jeunes auteurs doivent d’abord se conformer avec les règles de grammaire et d’orthographe, puis se rapprocher des professionnels leur permettant de mieux orienter et comprendre leurs plumes.

Très souvent, les auteurs ne se rendent même pas compte que ce qu’ils ont écrit n’a de place dans aucun livre. Les ateliers d’écriture, organisés par professionnels du livre, peuvent les orienter. L’idéal serait des travaux personnalisés, mais il faudrait alors parler d’argent une fois de plus. Chaque auteur a une valeur qui peut être ramenée à la lumière. Les travaux généralisés n’aident pas beaucoup.

16) Quelles devraient être les motivations d’un potentiel auteur ? Tout le monde peut-il écrire ?

La seule motivation pour l’écriture est l’écriture. Tout le monde peut écrire, mais ce n’est pas tout le monde qui doit écrire pour le grand public. Voilà pourquoi certains paient des mains étrangères et inconnues, pour avoir un nom sur un livre digeste.

17)  Quelles sont selon vous, les caractéristiques d’un texte littéraire efficient ? Quel rapport entre le fond et la forme ?

Bien malin celui qui viendra donner ces caractéristiques. L’écriture est un art, avec toutes ses libertés. Toutefois, je dirais qu’une œuvre littéraire doit plaire et instruire. Le lecteur, en prenant un livre, tient à passer quelques heures en bonne compagnie et une vie en apprentissage.

La forme et le fond ne sauraient être dissociés ; ils se font naturellement, malgré l’auteur. Quand un livre est bien travaillé, l’auteur n’a pas à se soucier du fond ; il vient tout seul à la rencontre du lecteur.

 

 

 

93171107_o

Source : colle-rousseau.fr              

18) Un écrivain est-il celui qui est spécialisé dans un des genres littéraires ? Un romancier pourrait-il être un excellent poète ?

Si un écrivain peut premièrement être décrit comme celui qui écrit, nous dirons sans trop nous y étendre, qu’un écrivain est cet auteur qui a déjà été édité. C’est, une fois de plus, dommage de noter qu’à cause de certains éditeurs, il y a des mauvais écrivains ; ce qui ne devrait pas exister.

Absolument. Un romancier peut être un excellent poète. D’une part la poésie est inscrite en chacun de nous et chacun de nous est de la poésie, d’autre part le principe en écriture est le même, peu importe le genre ; quand le poignet est assoupli, tout est possible.

 19)  Les genres littéraires à l’instar du roman et de la poésie, sont-ils vraiment distincts ?

La réponse se trouve dans votre question : roman pour l’un, poésie pour l’autre.

20) Un auteur est-il un écrivain ? Quels conseils donnerez-vous à un potentiel auteur ? 

C’est plutôt un écrivain qui est un auteur.

S’écrire. Il faut que tout auteur apprenne à s’écrire ; laisse sa plume écrire tout ce qui lui vient comme cela lui vient, sans penser, et chaque fois qu’il lui vient d’écrire.

 21)  Dans le domaine de la littérature, y a-t-il un tabou ?

L’on ne peut pas parler de Littérature si le tabou apparaît. Avant tout, la Littérature est un univers de libertés.

 22)  Quel serait votre mot de fin ?

L’écriture n’est pas une liberté qui se donne ; n’allez surtout pas croire qu’elle s’arrache. Si elle ne vient pas à vous, sachez que vous n’êtes pas assez prêt pour elle. C’est une belle dame qui n’hésite pas à faire exécuter les courtisans empressés.  

Toute l’équipe de I Am Us Webmagasine vous remercie pour votre disponibilité

                                                                                                                         SAMBA SAPHIR

BIOGRAPHIE DE RAY NDEBI  :

Ray Ndebi est en fait Théodore Ndebi, écrivain Camerounais, auteur de THE LAST GHOST: Son Of Struggle, roman paru chez AuthorhouseUK en 2013. Poète passionné, il est auteur de plusieurs textes dont une centaine publiés chez L’Harmattan pour un autre auteur dont le nom sera tu. Plusieurs de ses textes sont primés à travers le monde sous d’autres noms, il a plus opté pour l’ombre plutôt que les récompenses ouvertes. Il écrit chaque jour et consacre 22h/24 au livre, aux auteurs qui ont du mal à structurer leurs textes et/ou comprendre le livre. Actuellement, plusieurs ouvrages (poésie, roman) sont en cours.

Dans le quotidien du livre, Ray Ndebi, d’un bilinguisme approfondi, s’occupe aussi de traduction et écrit aussi parfaitement en Anglais qu’en Français. 

Avec son ami, l’écrivain Grégoire Nguédi, il a mis sur pied LE SALON DU LIVRE Yaoundé-Cameroun, afin d’apporter un soutien approfondi aux jeunes auteurs et aux aspirants critiques littéraires. Des méthodes propres à l’intérêt de chaque auteur ou lecteur sont développées et appliquées, pour un résultat satisfaisant. En collaboration avec le gouvernement camerounais, certaines mesures sont prises pour que le livre retrouve une place de choix dans le quotidien des populations.

Parallèlement, Ray Ndebi travaille de près avec d’autres auteurs Africains, Européens, Asiatiques et Américains au quotidien, pour mieux comprendre et partager l’art de lire et d’écrire.

Très concerné par le devenir de l’Afrique, il s’est engagé avec OneAfricanChild Foundation, dont il est l’un des membres influents, pour assurer une lueur d’espoir aux orphelins et autres enfants pauvres d’Afrique ; l’éducation de qualité des enfants et l’épanouissement des filles font partie de leurs objectifs majeurs.  

Adepte de Tai Chi et de méditation, Ray Ndebi réussit à mener une vie de famille normale.