Dans cette partie, nous essayerons de savoir si la femme africaine est en phase avec son africanité dans la société moderne. Seulement, se focaliser sur l’africanité de la femme africaine et  faire abstraction de son environnement socio-culturel, serait  non seulement faire preuve de nombrilisme mais aussi la déconnecter de la réalité, raison  pour laquelle, il serait aussi judicieux de savoir si la religion et la tradition, paramètres incontournables de  la société africaine,  participent à l’épanouissement ou l’assujettissement des femmes.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il serait idoine de décomplexer le sujet, d’en débattre sans passion aucune et surtout, veiller à ne pas déplacer le débat. Et pour ce faire, faire preuve d’honnêteté intellectuelle  même si ce n’est pas  une sinécure, requiert de  se pencher sur tous les pans de l’évolution de la femme  au cours des ères marquées par la tradition,  d’abord faire un point sur ce qu’a été sa situation avant l’arrivée « des détenteurs  de la démocratie »,  puis de la transition qui s’en est suivie  et enfin, des retombées sur tous les plans  et donc, de son statut dans la société contemporaine.

N’étant pas un érudit, je crois qu’il serait important de  ne pas seulement tenir compte des vérités empiriques de notre société,  mais revenir aux bases de ce qu’a vraiment été notre culture. Il serait facile de faire l’amalgame, de prendre pour parole d’évangile tout ce qui relève de la tradition écrite, des premiers mots couchés par  les « anthropologues » ou encore les précurseurs de ladite tradition.

La tradition écrite et par ricochet notre culture, a fortement évolué au fil des ères, a connu des bouleversements, des changements selon la retranscription fidèle ou non de notre culture. A l’arrivée des colons, une idéologie a été imposée, une idéologie  présentée comme salvatrice et réformiste des valeurs. L’africain a été conditionné, est  allé  à l’école du colon et a appris à penser comme lui, s’oubliant et oubliant ce qui avait été « l’existant », au profit de  qui a été importé : c’était le début de l’aliénation culturelle. Sachant que la culture et l’économie sont des moteurs essentiels d’un pays, d’une société, les maitriser et les  valoriser ferait de  n’importe quelle société, une puissance. Le colon l’ayant compris, après avoir installé les bases de  sa domination économique, s’est attelé à maitriser les pans de notre culture et quoi de mieux que faire usage des fils du continent ? L’écriture  qui est l’un des canaux  participant à la conservation des vestiges historiques  est mis à l’honneur par des africains  n’ayant plus le même système de valeurs que les puristes. Difficile dans ces conditions de retranscrire sans parti pris et fidèlement, ce qui constituerait l’essence africaine.

Par ailleurs, se poser la question de savoir si tous les secrets de notre tradition, notre culture ont pu et pourront être retranscrits, ne serait pas un luxe. C’est ici qu’intervient la tradition orale, premier canal de transmission de notre culture, c’est elle qui était courue et  permettait la pérennisation de certaines valeurs par nos bibliothèques vivantes (grands-parents, patriarches, oncles), autour du feu sous le baobab dans la cour du village ou encore, autour du feu sous la claie dans la grande cuisine de la grand-mère.

Durant la période cabalistique que j’ai volontiers nommée, maquis, il était impensable pour nos aïeux qui se battaient et se sont battus pour leur vie et notre survie, d’étaler tous les secrets transmis de génération en génération. Des sociétés  inféodées pour se protéger se sont regroupées pour celles qui n’en avaient pas, en société  ou cercle mystique ; c’est grace à ce système que   certaines cultures ont pu survivre et renaitre des cendres.  Des chants, des danses comme la Kapoéra et bien d’autres moyens, permettaient de se rapprocher et  garder vivante notre mémoire ancestrale. C’est ainsi que les sociétés comme le Laakam à l’Ouest-Cameroun ont pu être préservées et renaitre.  Il apparait donc que la tradition orale et non pas écrite, a toujours été plus importante pour les africains.

Pour revenir aux femmes, élément essentiel et partie intégrante de la société africaine, tout comme l’histoire, elle doit faire face à l’afflux de données, l’occidentalisation brutale et sans transition, l’exposition et l’introduction de certains idéaux et courants de pensée tels  le féminisme, la monogamie et l’homosexualité.

Le statut de la femme africaine  défini  par les colons, est à revoir car elle est toujours celle qui a été martyrisée, violentée et « objetisée ». C’est ici que l’esprit critique et non l’esprit de critiques est nécessaire. Il devient urgent d’en débattre sans flagornerie et surtout, ne pas occulter certains pans.

La tradition écrite, celle retranscrite par les premiers « anthropologues » africains,  le traitement réservé aux femmes est à revoir car la femme africaine est une éternelle assistée, un être avili, violenté, brutalisé, « objetisé » et à qui incombe les taches régaliennes. La femme africaine n’est pas un être pensant, un être pouvant produire et faire preuve à la fois d’inventivité et  créativité. Seulement, la critique est faite selon un baromètre essentiel, celui de la civilisation européenne, sous-entendant que la nôtre est sauvage alors que la société africaine était déjà civilisée, stratifiée et hiérarchisée. Le diagnostic posé et les problèmes identifiés, il a été plus facile d’introduire un courant de pensée et une idéologie sans adaptation préalable : le féminisme.

«  Le féminisme  selon Wikipédia et à l’origine, est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. »

Au vue de  la  définition du féminisme, il apparait clairement que c’est un concept et un nouveau concept, la précision est importante car ce courant arrive en Afrique, bien des années après l’arrivée des colons. Les femmes, les suffragettes qui en sont les précurseurs, se sont battues et ont ouvert la voie, donnant la possibilité aux générations suivantes de poursuivre le combat en  maitrisant les fondements réels dudit mouvement. Les changements dans les sociétés occidentales ont été graduels et continuent à l’être ; les bilans sont faits tous les 8 Mars, date historique pour les féministes et de noueux objectifs fixés. Les femmes  africaines qui vivaient en vase clos pour la plupart, suivent le mouvement sans en connaitre les fondements, revendiquant à corps et à cris des droits oubliant que droits implique forcément devoirs.  Le tri sélectif, primordial à tout ce qui résulte de l’importation n’est pas fait, l’adaptation préalable à nos réalités, phase  transitoire et non négligeable  est occultée, créant des incompréhensions  et impactant forcément le quotidien des femmes.

Le paradoxe au niveau de la tradition apparait du fait que celle dite orale, contraste fortement de l’écrit. Selon les sages, la société a été conçue et faite de façon à ce que tous ceux qui la constituent soient valorisés. Selon la société Bantu, la société est stratifiée comme suit : l’enfant à la base, la femme, puis l’homme et enfin, Mot (l’humain). Dans cette société, l’on gravit les échelons en se distinguant par les faits ; le genre étant forcément défini  par la l’importance des actes posés.

L’homme était/est jugé en fonction du foyer, selon sa capacité à se responsabiliser. Un homme capable de gérer femme(s) et enfants, est un homme ayant de la ressource, avisé. C’est un homme pouvant avoir voix au chapitre dans la société et notamment, dans la prise des décisions.

La femme, contrairement à ce qui est véhiculé, a toujours été jugée selon son rôle dans la communauté, c’est-à-dire, sa capacité à cultiver des champs, éduquer des enfants (les siens ou non, car l’enfant n’est pas seulement celui de l’individu mais de toute la communauté), sa convivialité. Aujourd’hui la femme qui se distingue dans la société est susceptible  et passe facilement de  l’échelon de femme à celui de Mot( l’humain). La femme même si l’on ne le dit pas, participe à la prise de décisions dans le secret de son foyer avec l’homme, c’est parfois elle qui après moult discussions « sur l’oreiller », suggère,  impose et s’impose.

L’enfant  selon la genèse, qui est un cadeau du ciel est plus important du côté de la mère. C’est l’occident  et la religion qui imposent le patriarcat. A noter que la stérilité n’était pas une fatalité à l’époque, car les femmes avaient pour habitude de se «donner des enfants» afin de ne pas léser certaines personnes ou mieux, voir une femme élever et éduquer les enfants qui n’étaient pas siens était courant.

L’arrivée des religions exportées pour certaines, va éclipser les religions endogènes. La religion, conséquence de la «modernité», va participer à la régression du statut de la femme africaine. Le statut de la femme durant l’ère du matriarcat sera occulté, rares sont les religions à en faire mention. La femme étant  la pierre angulaire de la société, son intégration est voulue mais en étant un être inférieur, c’est ici que l’apologie de la soumission de la femme est faite. La soumission de la femme par l’Afrique dite traditionnelle est revendiquée de même que celle demandée par la bible ; la confusion des livres, perception et vision imposée par l’école devient manifeste. La soumission de la femme devient un crédo au bon fonctionnement de tout foyer, l’on reconnait les droits des femmes mais ils lui sont accordés à compte-gouttes.

Rendue dans la société contemporaine, la femme est un être perdu, tiraillé entre tradition et modernisme.

Sur le plan politique, des femmes se distinguent de plus en plus et affichent leur ambition. Elles tendent à prouver et prouvent qu’elles sont des êtes douées et  intelligentes, capables de mener à bien divers projets et veiller au bien-être de la société ; ce qui est un parcours de combattant car la culture de l’entière supériorité de l’homme est encore forte. Sylvie Kinigi pour le Burundi ( 27 octobre 1993-5 février 1994), Catherine Samba-Panza pour la République Centrafricaine ( 23 janvier 2014- 30 Mars 2016), Rose Rogombé pour le Gabon (2009), Carmen Pereira pour la Guinée Bissau ( 1984), Joyce Brenda pour le Malawi( 6 avril 2012- 31 Mai 2014), Ruth Perry et Ellen Johnson (toujours en exercice) pour Le Libéria.

Comment oublier les valeureuses rwandaises qui au lendemain du génocide, représentaient 53% des membres de la chambre basse du parlement alors que le record jusqu’alors de15%   était  détenu jusqu’en 2005 par le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Burundi et la Tanzani.

Sur le plan économique, les femmes qui se veulent indépendantes, font des études et affirment par la suite, leur volonté à participer au développement du continent. L’on assiste à l’émergence d’un nouveau type de femmes, des icônes et modèles des jeunes filles et femmes de demain. Elise Atangana, Christine Eyene, Koyo Kouoh, Evelyne Tall, Esther Mbabazi, Ghizlaine Guedira, Jacqueline Mugo, Odile Lacoin, Adama Ndiaye et Aissa Dione, pour ne citer que celles-là, sont des illustrations parfaites de la nouvelle dynamique impulsée par les femmes. Au Rwanda, au lendemain du génocide, 40% des femmes étaient des entrepreneures.

Sur le plan intellectuel, des femmes, artistes, écrivaines et autres se distinguent et montrent le chemin à suivre. Des femmes parmi lesquelles, Alice Nkom, Mbono Samba Madeleine, Faou Bensouda, Angelique Kidjo Chimamanda Ngozi Adichie,  Rokia Traoré et Reckya  Madougou, Isabel dos santos,  Lamees Al-Hadidi pour ne citer que celles-là ; leur domaine de compétence étant diversifiée, des avocates, des chanteuses, des stylistes, modélistes, journalistes, femmes d’affaires,  ingénieures, procureure de la république et autres.

Sur le plan social, les femmes qui ont compris que pour s’imposer et que l’on apprenne à compter avec elle, il faut être sur tous les plans. Les femmes participent à la création et au maintien du  tissu social, s’investissent dans des associations  à  caractère humanitaire, l’amélioration des droits des femmes et de l’enfant, veille à ce que  l’instruction ne soit plus  un privilège accordé aux hommes. Ces femmes pour certaines, étiquetées  féministes, ce qui est encore péjoratif en Afrique, se battent au quotidien, endossant diverses casquettes, celles de femme, mère, épouse, fonctionnaire, commerçante et pour certaines, gardienne des traditions car sont intronisées chef dans leur village. Fatimata Mbaye et Hadeel Ibrahim en sont des exemples patents.

Au niveau salarial, les disparités dans certaines sociétés  ayant compris l’importance de la femme, sont identifiées et tendent à être gommées. Les femmes qui comme leurs congénères, font et défont la loi, ont compris que c’est l’un des leviers les plus importants de la vie en société. Des lois sont votées et des mesures prises afin de protéger la veuve et l’orphelin, victimes collatérales de la tradition ; les legs et actes notariés qui sont encore tabous sont pris en compte. Le souci d’équité devient un besoin phare de certaines sociétés notamment la société camerounaise, concernant l’adultère de l’homme et la femme. La parité dans des entreprises qui se faisait au détriment de la méritocratie et plutôt du genre, tend à se généraliser.

Au vue de ce qui a été sus-cité, il apparait clairement que les femmes  veulent et tiennent à être des actrices importantes  de la société africaine.  Seulement, faire l’impasse sur les dérives et les complexes   tendant à faire croire que la femme est incapable de penser par elle-même et surtout, capable de faire preuve de discernement, serait implicitement participer au suicide orchestré par certaines, devenant ainsi leur propre Némésis.

L’africanité qui aujourd’hui, est au centre de toutes les polémiques, se veut une clé du développement de Kama. L’on est en droit de se poser la question de savoir, comment faudrait-il la vivre ? Comment peut-elle et devrait-elle se manifester ? Répondre à toutes ces questions reviendrait à savoir comment rester traditionnelle tout en se tournant résolument vers la modernité.

Revenir aux sources et faire  une force de nos traditions, serait un pas vers une bonne gestion de la modernité car toute culture se veut dynamique ; la tradition et la modernité  cheminent et chemineront toujours l’une à côté de l’autre. La modernité  comme facteur de développement, devrait apporter du neuf à la tradition, représentative de la culture africaine. L’on n’importe pas le développement mais l’on se réconcilie avec sa culture de source.

La langue, la spiritualité et notre culture sont des points sur lesquels, les femmes devraient se positionner afin que le développement soit à la fois,  efficient et effectif.

Les langues vernaculaires devraient être automatiquement véhiculées par  les femmes et apprises à leurs enfants car ce sont elles  qui éduquent la société, elles sont la base de tout et font les hommes de demain.

La spiritualité, s’impose  et devient incontournable car véhicule certaines valeurs comme le courage, la culture du travail et la pérennité de certains rites visant à assurer la viabilité des Hommes.

La culture qui est retrouvée sur tous les plans, culinaire, artistique, vestimentaire, pharmaceutique et cosmétique est de plus en plus valorisée. Dommage que le complexe du à la couleur de peau persiste dans notre société, la culture de la beauté de la femme en fonction de la blancheur et de la pâleur, comme véhiculés par les magazines de modes et les médias, soient devenus courants et tendent à se normaliser. Le blanchiment de la peau et la course effrénée vers le mariage, deviennent un crédo dans toutes les couches de la société au détriment de l’instruction.

Certains pans de notre culture, visant à préserver l’humain, rebutent la nouvelle génération à cause de certaines pratiques : les rites de veuvage. Contrairement à ce qui est dit, ils sont pratiqués en majorité par des femmes sur des femmes. Qui mieux que les femmes pourraient donc les redéfinir voire les améliorer ?

Le féminisme que nous le voulions ou non, influe dans les foyers africains. Certains couples se sont adaptés, les femmes  qui en sont les plaques angulaires ont su faire respecter leurs droits et assurer leur épanouissement, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour tous. Il est malheureux que l’égalité, qui est encore une utopie dans notre société  soit brandie  à tort et à travers.  L’égalité est revendiquée a niveau salariale, au niveau de la distribution des postes mais en même temps,   est brandie l’inégalité de la nature pour des femmes donnant la vie au niveau des congés maternités  et pour certaines, dans le mauvais sens oubliant que l’homme et la femme, sont et restent complémentaires.

L’évolution des droits et libertés individuelles qui est une continuité, et l’un des bébés du féminisme, peut devenir  un frein à cause de la mondialisation et donc de l’importation des « mœurs », puis de  l’exposition et enfin, de la « surculture ». Les droits mondiaux, droits de l’homme qui se veulent universels, ont tendance à primer sur les droits des pays. C’est ici que l’Homme se perd entre ses droits en tant que membre de la société civile ayant des droits et des devoirs, et ses convictions religieuses. Certains sujets tabous  comme l’homosexualité et le lesbianisme pour les femmes, deviennent des faits de sociétés, iniques. Les femmes sont partagées entre l’envie de vivre au grand jour leur sexualité au même titre que l’homme et le respect des traditions car bien qu’existant depuis la nuit des temps, l’homosexualité a toujours été cachée et pérennisée par un groupuscule d’individus ; Les femmes sont tiraillées entre tradition et modernisme.

Au regard de ce qui a été sus-cité, il apparaît que la culture peut aussi  être définie comme l’ensemble des réponses qu’une communauté se donne à elle-même pour répondre aux questions de la quotidienneté. Les femmes sont bel et bien rentrées dans l’ère du modernisme mais ne maîtrisent pas toujours les rouages du système, provoquant des déviances.

L’africanité des femmes qui reste un sujet assez délicat et est un caractère spécifique de la culture africaine, est définie selon les sociétés même si la base est la même.

Faire des bilans, poser des diagnostics et surtout rester lucide dans la prise des décisions et objectifs à atteindre, aideraient à réconcilier la femme avec elle-même d’une part et  l’aiderait à concilier tradition et  modernisme.