J’adoooore les bijoux ! Et ce n’est pas juste parce que je suis une femme! En fait, cela me renvoie à mes souvenirs d’enfants dans lesquels j’ouvrais les boites à bijoux de ma mère et j’essayais tout ce qu’il y avait dedans. J’avais vraiment l’impression d’avoir découvert un trésor. Des années plus tard, je suis toujours émerveillée par les bijoux qui à mes yeux subliment les femmes… et les hommes.

Avec la marque Djenowa, j’ai ce même sentiment. C’est une marque de bijoux super originale placée sous le signe de l’élégance et de la séduction. La créatrice Ettenij, talentueuse et passionnée, possède une personnalité haute en couleurs. Je vous propose de découvrir son univers à travers un entretien sans tabou.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Ettenij et je suis d’origine haïtienne. Je suis créatrice de bijoux et d’ornements corporels. Je suis également une mère de famille de 41 ans avec une personnalité et un style atypique que l’on retrouve dans mes bijoux.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Je suis totalement autodidacte. J’ai suivi une formation dans le social et l’insertion. Déjà petite, je créais dès que j’en avais l’occasion. J’ai toujours été une personne manuelle et créative. J’ai réellement basculé dans le milieu créatif à la naissance de ma fille. Cela a été comme un déclic. Je travaillais alors dans le social mais à un moment donné j’ai dû faire le bilan. Et, je me suis rendue compte que je n’étais plus aussi disponible pour les personnes en grande précarité dont je devais m’occuper. Du coup, j’ai décidé de me lancer dans autre chose.

Cela me fait d’ailleurs penser à une phrase que me disait souvent ma grand-mère : « Les gens qui savent se servir de leurs mains ne meurent pas de faim ». En fait, je suis en train de tester ce petit proverbe ! (Rires)

Comment avez-vous débuté votre carrière de créatrice?

Le nom de ma marque DJENOWA est un petit clin d’œil à mes enfants car ils me donnent de la force tous les jours. En fait, j’ai utilisé les 2 premières lettres de leurs prénoms Djeina, Nolhan et Warren pour composer le nom de ma marque.

Au début, il faut bien avouer que je n’avais pas forcément de moyens. Les gens l’ignorent peut-être mais créer coûte cher, c’est pour cette raison qu’à l’époque je faisais beaucoup de récupération et de détournements de matériaux. Par exemple, je pouvais à partir d’un simple journal créer des perles ou encore avec des épingles à nourrices créer un ornement. Quand je crée et détourne des objets, je retrouve mes origines haïtiennes dans ce côté ingénieux. Le système D est pour moi une véritable manière de fonctionner. J’aime réfléchir et essayer de trouver des solutions avec peu de moyens. La démarche était différente de celle que j’ai aujourd’hui, mais cela me plaisait quand même beaucoup.

Franchement du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours crée. Donc me retrouver des années plus tard dans ce milieu est pour moi une suite logique.

Plus jeune, il me semble avoir dit à ma mère que je voulais être artiste. Et elle m’a répondu « Artiste n’est pas un vrai travail. Va chercher un vrai travail, une vraie formation ». Et aujourd’hui, contre toute attente, elle est fière de voir le résultat et ce que je suis capable d’accomplir. C’est aussi une grande fierté pour moi.

Collier DJENOWA réalisé avec des épingles à nourrices

Collier DJENOWA réalisé avec des épingles à nourrices

Aujourd’hui, vous vous considérez comme une femme entrepreneure, quelle est votre vision sur ce métier?

Il parait que je suis une slasheuse* (Rires). On vit dans une société où il est difficile de se cloisonner à un seul travail. La polyvalence devient un atout précieux pour augmenter ses revenus. C’est vrai qu’au-delà du côté créatif à travers tout ce que je fais, je me sens entrepreneure.

Slasheur-Slasheuse : Ce terme fait référence au signe typographique (/) (le slash). Il a été rendu populaire grâce livre de Marci Alboher, “One Person/Multiple Careers”, et a permis de faire connaître les personnes qui cumulent plusieurs emplois autant par nécessité économique que par crainte de s’ennuyer. Ils sont photographe/styliste, secrétaire/DJ, serveur/vidéastes…

Dans ce cas, pourriez-vous nous présenter vos activités ?

Oui bien sûr. Je crée des ornements corporels pour des shootings ou des défilés. Je réalise également des bijoux pour les particuliers (hommes et femmes). J’organise des ateliers créatifs autour de la récupération au sein des mairies, des associations ou chez les particuliers. J’organise régulièrement des ateliers bénévoles pour les hôpitaux car donner c’est aussi recevoir. Ils me permettent de conserver le lien social que j’avais auparavant et j’aime aussi beaucoup l’idée de transmission. Je me suis lancée à un certain moment dans la restauration avec la création d’un Street food que j’ai appelé « La clef des papilles ». Mais le projet est pour le moment en stand-by. Et enfin, j’organise régulièrement des manifestations de type expo-vente, vide-dressing vintage ou encore des soirées.

Quelle a été votre plus grande satisfaction de créatrice?

Je pense que c’est lorsque j’ai été invitée pour un défilé au Cameroun en tant qu’artiste. Il s’agissait de l’événement Afrique Collection en 2012. C’était la 1e fois que l’on m’invitait à présenter ma collection d’ornements corporels. Habituellement on m’associait à des stylistes pour lesquels j’accessoirisais les tenues. Alors qu’à cette occasion je présentais ma collection toute seule comme une grande. Je n’aurai jamais imaginé pouvoir voyager et être invitée aux quatre coins du monde grâce à mes bijoux (Bénin, Cameroun, Martinique, Suisse, Canada, Italie, …). Comme j’ai un esprit un peu globe-trotters, pour moi c’est une chance et c’est formidable.

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Justement par rapport à votre collection d’ornements corporels, y a t-il une personnalité que vous aimeriez voir porter vos bijoux ?

Oui bien sûr. Je pense à Lady Gaga car elle est suffisamment barrée pour porter mes bijoux. Rihanna et Beyoncé également.

 Et une personnalité française ?

Shy’m car c’est une très belle femme. Si cela avait été quelques années auparavant, j’aurais sûrement pensé à Lio parce qu’elle avait un petit côté « pétillant ». Ceci dit, j’ai tout de même accessoirisé les Nubians pendant toute leur tournée. A l’époque, j’avais réalisé une collection très ethnique qui correspondait vraiment à leur style.

Les nubians

Les Nubians portant les bijoux DJENOWA

Quel est votre bijou préféré ?

Un des premiers bijoux de corps que j’ai confectionné et qui a été publié il y a quelques années dans le magazine Guts.

Bijoux DJENOWA

Ornement de corps

Une question un peu décalée pour pimenter l’interview… Si vous aviez été caucasienne,  qu’est-ce que cela aurait changé dans votre parcours de créatrice ?

Si j’avais été causasienne, je pense que j’aurai moins galéré (Rires). J’aurai eu plus d’opportunités et sûrement plus de portes qui se seraient ouvertes plus facilement. Malheureusement quand on est créatrice  de bijoux et noire on fait forcément de l’ethnique (Rires).

Selon moi, on a un peu de mal à s’élever vers le haut dans notre communauté, mais heureusement, il y a des personnes comme Fatim, organisatrice d’événements parisiens (Oh Oui, Big Bang Gang party) qui, à un moment donné, m’a tendu la main. C’est grâce à elle que j’ai pu commencer à exposer dans des soirées et je l’en remercie.

Fatim portant un collier boucles d'oreilles DJENOWA

Fatim portant un collier boucles d’oreilles DJENOWA

Où peut-on se procurer vos bijoux ?

J’ai exposé cet été tous les dimanches aux Sardignac sur le toit à la porte des Lilas lors des événements Oh Oui ! Trace Tropical. On peut également me retrouver aux soirées BIG BANG GANG PARTY à la Bellevilloise. Mais le plus simple est de me suivre sur ma page Facebook car je publie très régulièrement sur les événements auxquels je participe.

Quelles sont vos perspectives à moyen terme ?

Je souhaite faire distribuer mes bijoux. Actuellement, je mets en place un réseau de distributeurs. Affaire à suivre. Et j’aimerais également me lancer dans le textile, plus précisément dans la vente. J’ai dans l’idée de proposer une offre spécifique et personnalisée dans l’air du temps qui, j’en suis sûre, plaira à ces dames.

Vos projets pour la rentrée ?

Alors pour la rentrée, je vais être très occupée car je vais reprendre les expo-vente créateurs sous forme de rendez-vous réguliers. Cela va s’appeler le Shopping Moving (anciennement les petites emplettes groovy). L’idée est de permettre aux client(e)s de découvrir mes pièces, celles d’autres créateurs ainsi que des pièces vintage, le tout dans un cadre atypique afin de passer un moment convivial. Je vais également proposer plus d’ateliers créatifs pour les particuliers (ndlr : anniversaires, enterrements de vie de jeune fille, etc). Et surtout je vais préparer ma nouvelle collection.

Alors on lui souhaite de garder sa bonne humeur et son peps et surtout on l’a remercie pour cet entretien.

Djenowa Bijoux ou Djenowa l’art de vivre