La sortie du Franc CFA au sein des pays africains fait l’objet d’un débat depuis de nombreuses années. Monnaie dépréciée économiquement et plus faible que les autres devises comme l’euro, le dollar ou le yen, les mouvements panafricains dénonçant sa circulation et son utilisation se font de plus en plus nombreux.

Kemi Seba, l’activiste polémiste

Le 19 août dernier, Kemi Seba, (de son vrai nom Stellio Capo Chichi), connu pour ses prises de positon polémiques, s’est illustré en brûlant, en direct, un billet de 5 000 Francs CFA (environ 7,60 €). Arrêté au Sénégal après cette action de force, il s’est justifié en dénonçant une monnaie « injuste économiquement ». Celui qui se présente comme un activiste et panafricaniste, dénonce l’utilisation du Franc CFA depuis plusieurs années : en décembre 2016, le militant lançait un appel au front contre l’utilisation et la mise en circulation de cette monnaie. Elle réinstaurerait selon lui des rapports de force, de domination et de servitude de la part des ex-puissances coloniales.

Son geste a provoqué de nombreuses réactions. Sur la Toile, les avis semblent divisés. Si certains de ses partisans n’ont pas hésité à brûler, eux-aussi, des billets de Francs CFA, d’autres, en revanche, reprochent l’inutilité voire la violence du geste, qui n’apporterait pas de solution de fond :

Le Franc CFA, illustration de rapports post-coloniaux ambigüs ?

Si l’action de Kemi Seba porte à polémique, elle n’en soulève pas moins les questions autour de cette monnaie créée en 1945 et commune à 14 Etats africains (notamment Le Bénin, le Cameroun et la Côte d’Ivoire). Utilisée par près de 110 millions d’africains aujourd’hui, le Franc CFA soulève les problématiques liées à la souveraineté des ex-états coloniaux comme la France et la Belgique et questionne sur l’autonomie des Etats africains postcoloniaux.

Martial Ze Belinga, sociologue et économiste camerounais © Antoine Doyen

Interrogé par Le Monde, l’économiste camerounais Martial Ze Belinga affirme que « cette monnaie [le Franc CFA, ndlr] n’a aucune caution démocratique. Il invite ainsi les « les juristes à s’interroger sur la légalité. »

Au delà d’une simple monnaie, ce sont de véritables rapports de domination qui subsistent entre les anciennes « puissances » coloniales et les pays africains. Des questions qui soulèvent le débat.

Le 7 janvier dernier, des partisans du mouvement panafricaniste se sont réunis pour la première fois lors d’une journée internationale de mobilisation sur le thème du franc CFA. Les manifestations, organisées dans plusieurs capitales africaines et européennes reposaient essentiellement sur la volonté et nécessité de se défaire du Franc CFA, en tant que  monnaie postcoloniale.

Des critiques également politiques

Les populations et lanceurs d’alerte ne sont pas les seuls à se faire entendre pour dénoncer l’utilisation du Franc CFA. Les personnalités politiques africaines semblent plus nombreuses à critiquer cette monnaie, à l’instar du président tchadien Idriss Deby. L’ancien ministre togolais Kako Bubukpo, interrogé par France 24, qualifie ainsi le France CFA comme un « outil de servitude volontaire » et estime qu’elle responsable du déficit des balances commerciales de la plupart des pays africains.

Ainsi,

La lutte pour la sortie du franc CFA peut elle être menée à bout par les peuples africains ? Les mouvements panafricains qui ont dénoncé cette servitude monétaire réussiront-ils à mettre la pression aux dirigeants afin de rompre le « pacte colonial » pour pouvoir « décoller » économiquement ?

Comme pour les débats précédents, nous attendons vos réactions, à vos claviers !