Si le phénomène Black Panther prouve de façon indéniable qu’il est possible de connaitre un succès commercial avec un ensemble majoritairement noir, la réalité est qu’en Europe, de nombreux films afro restent marginalisés. C’est ainsi que certains films attendus comme Birth of a Nation du jeune Nate Parker ou l’adaptation au cinéma de la pièce ” Fences” avec Denzel Washington et Viola Davis ont eu un succès mitigé dans de nombreuses capitales européennes.

Dans de nombreux cas, ces films n’ont même jamais été accessibles au public. Et si cela est vrai pour de grosses productions ; cela est encore plus vrai pour des films plus modestes quoique de très bonne facture

C’est ce constat qui a inspiré Regullo Winjngaarde ; ce promoteur originaire de Surinam est à l’origine de DaBounce Film festival à Amsterdam, un évènement unique qui offre a des cinéastes Afro une plate forme unique pour la promotion de leurs œuvres. Le Festival qui se tient sur 3 jours fait la part belle aux courts et longs métrages de fiction ainsi qu’aux documentaires mettant en avant la culture noire ou des réalisateurs noirs.

Nous l’avons rencontré à Amsterdam pour un entretien à cœur ouvert.

Aleeka : Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Regullo Wijngaarde : Je suis Regullo Winjgaarde, né a Surinam, j’ai grandi à Utrecht petite ville hollandaise où ma famille s’est installé lorsque j’avais 4 ans, j’y ai vécu jusqu’à l’age de 17 ans avant de me poser définitivement à Amsterdam.

Aleeka : Parle-nous un peu des origines de DaBounce Film Festival

RW : C’est un événement qui a lieu au début du mois de novembre (du 1er au 4 Novembre 2018, ndr). On y projettera cette année entre 40 et 50 films et documentaires ; nous invitons donc les réalisateurs à nous contacter et soumettre leurs œuvres.

Aleeka : D’où vient l’idée de mettre sur pied pareil événement ?

RW: Étant un jeune dans le vent, j’ai vite réalisé le potentiel créatif des jeunes afro-descendants en Hollande. Ce potentiel touchait autant la musique, la comédie, que la danse, etc. Malheureusement très tôt nos jeunes artistes atteignaient ce plafond de verre, et les rares promoteurs semblaient ne trouver aucun intérêt à la culture “black” nous avons donc décidé de prendre notre destin en main ; et j’ai monté en 1995 une structure appelé DaBounce pour promouvoir un certain contenu urbain.

J’ai mis sur pied DaBounce qui fait dans l’événementiel et notamment l’organisation de concerts. En 1996 on y a ajouté un tournoi de basketball et en 1997  nous avons lancé DaBounce Comedy, un événement pour les artistes qui font du stand up. Plus tard, en 2000 nous avons commencé par un concept de Movie Night (soirée ciné avec red carpet); et c’est au vu du succès rencontré par cet évènement qu’on s’est dit qu’il fallait aller plus loin et en 2014 nous avons décidé de lancer le Festival du film noir.

Aleeka : Et quel fut l’accueil du public ?

RW : Les débuts furent difficiles, mais chaque année on touche un public de plus en plus grand, on voit aussi beaucoup plus de réactivité des potentiels sponsors et au niveau de la communication le festival jouit d’une plus grande visibilité chaque année mais cela reste un combat car les contenus dits urbains ne sont pas la priorité des grandes compagnies. Il faut être agressif et faire preuve de beaucoup d’imagination pour vendre nos idées ; c’est un challenge; le plus frustrant c’est d’entendre les responsables Marketing nous répéter que ce que l’on fait est bien mais que nos contenus ne cadrent pas avec leurs stratégies.

Aleeka: Quels ajustements avez-vous fait face à ces obstacles ?

RW : Désormais nous sommes impliqués dans la billetterie de nos événements, ce qui nous a permis notamment de bâtir une base de données / mailing list qui nous offre un accès direct et privilégié avec notre public.

La promotion est la clé de tout cela et chaque année nous améliorons le concept et partis des petites salles de projection nous sommes en partenariat avec des grandes salles qui ont pignon sur rue donc il y a de l’évolution

Aleeka : Comment vous envisagez futur ?

RW : Continuer d’évoluer, exporter le concept car les problématiques rencontrées à Amsterdam sont aussi vraies ailleurs en Europe. Nous avons comme partenaires le British Urban Film Festival ; et nous sommes ouverts à prospecter de nouveaux marchés et permettre aux films noirs de voyager mieux. Le futur c’est aussi lancer une unité de distribution d’ici septembre 2018.

Aleeka : Félicitations pour ce travail et bonne continuation

RW: Merci a Aleeka pour cet espace de promotion