Comment au détour d’une simple conversation, je me suis retrouvée à m’interroger sur l’histoire des tous premiers mannequins noirs.

Alors que je discutais avec un ami des photographes de mode du 20e siècle, celui-ci n’a pas tardé à me parler avec ferveur du travail du célèbre photographe américain Henry Clarke. Nous avons donc commencé à regarder attentivement son travail sur Internet. J’ai très vite abondé dans le sens de mon ami et découvert le talent du photographe qui a débuté sa carrière dans les années 50, du coup un bon nombre de ses photos sur la toile sont en noir et blanc. Les plus récentes en couleurs datent plutôt des années 70.

Pendant cette exploration, nous nous sommes davantage attardés sur ses photos en noir et blanc car les silhouettes des mannequins de l’époque, souvent géométriques et très graphiques ont vraiment attiré nos regards de photographes novices en quête de technique.

Nous avons pris le temps de décortiquer les photos, de comprendre certaines prises de vues, d’analyser sa démarche peu conventionnelle en matière de cadrage et au final j’étais très contente d’avoir découvert le travail de ce photographe que je ne connaissais pas. J’ai trouvé cela très inspirant ! Cependant au détour d’une photo, je me suis surprise à dire à mon ami : «  Ces photos sont magnifiques et les mannequins plus belles les unes que les autres… mais il n’y a pas une seule femme noire dans le lot… ».

Le débat était lancé ! Mon ami m’a regardé pendant 2 secondes sans broncher et a finalement rétorqué un peu blasé qu’il devait forcément y avoir un mannequin noir à cette époque qui devait cartonner. Mais il n’a pas su me citer un seul nom. De mon côté, je me triturais les méninges pendant qu’il continuait à regarder les photos sur sa tablette mais les seuls noms qui me sont venus à l’esprit ont été ceux de Naomi Campbell, Tyra Banks, Noémie Lenoir, Alek Wek, Katoucha… des mannequins des années 80-90-2000 en fait… c’était bien trop récent !

J’ai dû finir par admettre que nous n’étions pas capables de nommer spontanément les noms des tous premiers mannequins noirs américains ou européens et encore moins de préciser en quelle année leurs jolis minois ont été intégrés au sein des magazines caucasiens de mode de l’époque (Vogue, Elle, Vanity Fair, Harper’s Bazaar).

Du coup, j’ai voulu en savoir plus sur le sujet et comprendre dans quel contexte ces femmes noires dont on parle si peu finalement, en France, on fait évoluer les mentalités de leur époque grâce à leur beauté enfin révélée.

Voici donc une liste des premiers mannequins noirs qui ont réussi à s’imposer dans le milieu de la mode des années 50 aux années 70.

 

1950, Dorothea Towles Church

Dorothea Towles Church est devenue le premier mannequin noir célèbre à Paris. Elle a enflammé les podiums des maisons de couture de Christian Dior, Elsa Schiaparelli, Balmain, etc… dans les années 1950. Dorothea a travaillé à Paris pendant cinq ans et a ouvert les portes aux autres modèles noirs de l’époque. A son retour aux États-Unis, elle devient le premier modèle Maybelline noir et apparait dans une publicité du magazine Ebony.

1954, Sara Lou Harris

À la fin des années 40-50, Sara Lou Harris est l’un des meilleurs mannequins noirs aux Etats-Unis. En plus d’être reconnue comme une star lors des Ebony Fashion Fair Tour, Sara Lou Harris est également le premier modèle noir à apparaître dans une publicité nationale.

1966, Donyale Luna

Cette couverture de Vogue « UK » de  mars 1966, avec le top afro-américain Donyale Luna, marque un tournant historique pour le Vogue britannique. Publiée également en une du Vogue France, la photo fait scandale et pousse la rédactrice en chef, Edmonde Charles-Roux, à démissionner.

1969, Naomi Sims

Le 27 août 1967, Naomi Sims entre dans l’histoire de la mode elle est le premier mannequin noir à avoir posé en couverture du supplément mode du New York Times. Castée par l’agence Ford Models, elle fait la cover du Life en 1969.

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Naomi Sims
Cover du Life Magazine

1973, Pat Cleveland

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Pat Cleveland

Dans les années 70, personne n’égalait Pat Cleveland sur les podiums ! Elle a été découverte par un éditeur de Vogue en 1967 et dès 1970 vit à Paris où elle bouleverse le monde de la mode et défile pour des grands couturiers tels que Halston, Stephen Burrows et Yves Saint Laurent.

 

 

 

 

1974, Beverly Johnson

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Beverly Johnson
Cover Vogue US en 1974

En août 1974, Beverly Johnson est le premier mannequin noir à décrocher la couverture de la bible de la mode, Vogue US . Un an après, la France la découvre en une de Elle.

 

 

 

 

 

 

 

1975, Iman

Iman a été découverte par le photographe Peter Beard alors qu’elle étudiait à l’Université de Nairobi en 1975. Elle a immédiatement migré vers les Etats-Unis et n’a jamais regardé en arrière. Après avoir profité de deux décennies comme étant l’un des plus beaux visages de l’industrie elle se lance dans les affaires et créée sa marque de cosmétiques et de vêtements.

1978, Mounia

Le mannequin Mounia est née en Martinique. A la fin des années 70, elle était reconnue comme l’un des meilleurs modèles noirs de l’époque et était une véritable égérie pour le créateur Yves Saint Laurent. Après avoir conquis le monde de la presse mode et les podiums, Mounia est devenu une artiste-peintre dans les années 90. Ses peintures ont été exposées dans des galeries en France, en Côte-d’Ivoire, à Monaco, au Japon et en Guyane.

 

Sources : Essence Magazine et Le Figaro Madame
Pour aller plus loin : Femmes noires sur papier glacé, de Virginie Sassoon, Éd. Ina,

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