Pour la première fois depuis 1948, une comédienne afro-américaine décrochait le 20 septembre 2015 l’Emmy Awards (les récompenses de la télévision américaine ) de la meilleure actrice dans une série dramatique. Une première qui n’a pas échappé à Viola Davis, distinguée pour sa performance dans How to get away with murder.

Viola Davis 1er Emmy remis a une Afro Américaine

Viola Davis lors des Emmy award de 2015

Émue, l’actrice est revenue dans son discours sur l’absence d’opportunités pour les femmes noires :

« La seule chose qui sépare les femmes de couleur de n’importe qui d’autre, ce sont les opportunités […]. On ne peut pas gagner un Emmy pour des rôles qui n’existent tout simplement pas ».

Avant elle, il y a eu des Afro-américains qui ont été récompensé : 14 prix d’interprétation pour des Afro-américains dont 12 au cours des 30 dernières années. Mais c’est la première femme à recevoir cette distinction.

Opportunité ou invisibilité ?

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Issac de Bankolé

Isaac de Bankolé a été récompensé en 1987 pour le César du « meilleur espoir » dans Black Mic-Mac avant bien sûr qu’Omar Sy ne remporte le César du meilleur acteur en 2012 pour Intouchables. Deux prix depuis la création des Césars en 1976. Mais qu’en est-il des femmes noires dans l’audiovisuel français? Qui sont elles? Pourquoi ne sont-elles pas visibles?

Nous pouvons répondre à cette question par : pas de rôles écrits ou attribués aux noirs. Mais pour ce faire, il faudrait que les populations noires gagnent plus de considération dans la société française, et qu’on leur donne les mêmes chances sociales que les autres citoyens. Or on ne les voit pas , ou on préfère ne pas les voir. Le cinéma reflète cette réalité sociale. Malgré cette sous-représentation flagrante, les actrices afro-américaines demeurent plus nombreuses au cinéma et à la télévision que les comédiennes noires en France, quasi invisibles.

Par ailleurs, la population noire représente plus de 40 millions de personnes aux Etats Unis contre moins de deux millions en France. Ce public ne peut être considéré car, contrairement aux pratiques répandues outre-Atlantique, notre pays interdit les statistiques en fonction de l’orientation sexuelle ou de la couleur de la peau. Une loi bien pratique pour ne pas prendre en compte les  « minorités ».

Les femmes noires sur nos (petits) écrans

Les clichés ont bel et bien la peau dure et bien qu’on se félicite de la présence lentement accrue de comédiennes noires, on se désole de les retrouver toujours dans les mêmes rôles : la « mama en boubou », la nounou, la pauvre immigrée sans papiers, la prostituée ou la jeune de banlieue.

Je vous mets au défi de me citer 10 comédiennes noires. Entreprendre cet exercice a été laborieux mais j’en ai trouvé. Je ne suis pas arrivée à 10, malheureusement mais j’en ai trouvé. Et, je ne suis pas certaine que vous les connaissiez toutes.

Sara Martins

Elle a fait ses débuts d’actrice en 2000 dans la série Police District. Vous avez pu apercevoir la comédienne, dans deux long-métrages signés Guillaume Canet : « Les petits mouchoirs » et « Ne le dis à personne ». Depuis octobre 2012, on peut la retrouver dans la nouvelle série de Bertrand Arthuys, Caïn, sur France 2.

Aïssa Maïga

On a pu la voir dans Les Poupées Russes de Cédric Klapisch, Prête-moi ta main d’Éric Lartigau ou encore Les Insoumis de Claude-Michel Rome. Elle a déjà plus d’une trentaine de films à son actif.

Claudia Tagbo

En 2001, elle joue son premier téléfilm « Fatou la Malienne » de Daniel Vigne. Elle participe à plus de 20 téléfilms et séries diffusés entre 2001 et 2013. Elle apparait notamment dans « Camping Paradis », « RIS Police Scientifique » où elle incarne le lieutenant Martine Forest, « Tongs et Paréo » ou encore « C’est la crise » aux côtés d’Anne Roumanoff, Arnaud Ducret, Anne-Sophie Girard, Kev Adam’s,…

En 2006, Claudia Tagbo débute en tant qu’humoriste dans le Jamel Comedy Club. Claudia Tagbo compte 14 films de cinéma à son actif et 3 courts-métrages.

Fatou N’Diaye

Fatou N’Diaye a commencé sa carrière en tant que mannequin, avant de tenter sa chance en tant qu’actrice. En 2001, elle s’oriente vers une carrière de comédienne, elle joue dans « Fatou la malienne » où elle tient le rôle principal. En 2002, elle est à l’affiche d’une grosse production française : Astérix & Obélix : Mission Cléopatre où elle interprète Exlibris. En 2003, elle est reconnu par le public par son interprétation dans la comédie musicale Nha Fala ma voix, mon destin, ma vie, mon chemin de Flora Gomes.

En 2008, elle joue sous la direction de François Dupeyron dans Aide toi et le ciel t’aidera.

Nadège Beausson Diagne

Nadège Beausson Diagne se fait connaître en 2004 grâce au film Podium, avec Benoît Poelvoorde, en incarnant l’une des « Bernadettes ». Son interprétation séduit Dany Boon, qui lui a depuis confié des rôles dans ses films à succès Bienvenue chez les Ch’tis et Rien à déclarer. De 2010 à 2014, elle est également l’un des personnages récurrents de la série Plus Belle la Vie.

Ou encore Félicity WouassiFirmine Richarde

Toutes ces comédiennes, nous les voyons qu’occasionnellement sur nos (petits) écrans. Nous pouvons conclure à une sous-représentativité de l’actrice noire en France. Nous avons pu voir une série Afro « Empire » en Prime Time sur la Fox. On remarque que les mentalités évoluent doucement Outre atlantique. Mais qu’en est-il de la France? Quand est ce que nous pourrons nous identifier à une actrice issue de l’immigration? Pourquoi sommes nous obligés de créer nos propres médias ? Le débat est ouvert.

La comédienne et réalisatrice mais aussi féministe, militante des causes LGBT et anti-raciste Amandine Gay est passée derrière la caméra afin de nous parler des Afro-descendantes d’Europe francophone. Elle a auto-financé son documentaire de 90 minutes « Ouvrir la voix » (cliquez sur le lien pour être redirigé vers son court métrage). Elle se penche sur le parcours de femmes noires, des clichés raciaux.

Pour conclure

Le problème est profond. Quand est ce que la France arrêtera de faire l’autruche et mettra en avant sa population dite « visible ». Il est vrai que les noirs d’Amérique n’ont pas la même histoire que les noirs des Antilles.  Mais la France a fait sa force et bâti un empire grâce à ses colonies et à l’esclavage. La France a pillé, massacré, déporté et exploité les Noirs africains durant plusieurs siècles.

Pour finir, je dirai que les Français noirs, qu’ils aient eu un ancêtre esclave, qu’ils soient  Antillais ou d’origine africaine, n’ont-ils pas à subir le même sort en France ? Ne doivent-ils pas supporter une même discrimination liée à cette idée  que pour être français il faut être blanc ?