Dix jours après le déraillement du train Yaoundé-Douala au Cameroun, de nombreuses questions restent sans réponses. Le bilan humain établi par les autorités du pays est notamment mis en doute par le peuple Camerounais.

Depuis plusieurs jours, les habitants d’Eseka ville où a eu lieu cette catastrophe ferroviaire, ne cessent de répéter que le bilan a été sous évalué. Officiellement, le déraillement du train a fait 79 morts. La plupart des victimes se trouvaient dans les dernières voitures, celles qui ont basculés dans un ravin à quelques centaines de mètres avant la gare d’Eseka.

Mais les témoignages, des habitants de la ville, viennent réfuter ce bilan. Puisque les récits exposent que le jour du drame ce sont eux, qui ont d’abord tenté de porter assistance aux victimes avant l’arrivée des secours. Les personnes présentes au moment des faits, assurent avoir transporté bien plus de corps que le nombre annoncé par les autorités du pays. La morgue de la ville ne contenant que 50 places, était d’ailleurs pleine dès le premier jour. Une autre salle avait donc dû être aménagé pour recevoir les nombreux autres corps.

Les recherches terminées

À Eseka on déplore l’arrêt des recherches. Pour la population, des victimes se trouvent encore dans les wagons renversés, ils affirment notamment que des odeurs nauséabondes se dégagent du site. Les autorités militaires quant à elles affirment que tous les corps ont été retrouvés puisque des fouilles approfondies ont été effectuée.

Néanmoins, plusieurs jours après le drame des personnes restent encore portées disparus. Certaines familles sont toujours à la recherche de proche présent dans l’accident. Un constat qui nous laisse quelque peu perplexe sur ce bilan, qui se veut véridique selon le gouvernement Camerounais.

Une vitesse anormalement élevée

L’une des causes évoquée dans l’enquête menée est la vitesse trop élevée du train qui a déraillé. En effet, il a été souligné que le train roulait à vitesse excessive. De nombreux rescapés évoquent une odeur de fumée qui laisse penser que le conducteur n’a pas pu freiner correctement.  Camrail, une filiale camerounaise du groupe de Bolloré, aurait ignoré une mise en garde d’un cheminot de la compagnie sur des défaillances dans le système de freinage des voitures qui ont déraillé à Eseka.

Eseka Catastrophe Cameroun

Deux enquêtes internes et judiciaires sont en cours pour identifier l’ensemble des facteurs qui ont mené à l’accident. Mais selon les premières constatations, le train Camrail qui reliait Yaoundé au port de Douala roulait à 80 km/h à l’approche de la gare d’Eseka, soit le double de la vitesse normale.

Autre polémique le train était surchargé

D’autres causes potentielles ont été révélées il y a quelques jours, la surcharge du train notamment. Plusieurs familles de victimes allant jusqu’à demander la démission du ministre des transports, Edgar Alain Mebe Ngo’o. Ce dernier est accusé d’avoir donné l’ordre à la compagnie ferroviaire d’ajouter des wagons sur le train accidenté à la dernière minute. Il s’en est défendu sur les antennes de la chaîne de télévision Canal 2 international.

« Les wagons des classes inférieures avaient été bourrés, remplis, et certains n’avaient même pas acheté les tickets, ne s’étaient pas fait identifier. On leur disait : ″Allez-y, on va gérer à Douala«  et ce sont ces gens-là qui ont le plus été touchés »

Face à la paralysie de la circulation sur l’axe routier Douala et Yaoundé en raison de l’effondrement d’un pont quelques heures plus tôt, la société Camrail propriété du groupe Bolloré avait effectivement décidé de rajouter huit voitures au train afin d’augmenter la capacité d’accueil habituelle a affirmé Edgar Alain Mebe Ngo’o. Le train était donc bondé et transportait 1400 passagers selon Reuters.

Le groupe Bolloré dit comprendre les critiques, qu’il juge normales dans ce type de situations particulièrement éprouvantes. Mais demande d’attendre le résultat des enquêtes pour comprendre ce qui a provoqué ce drame. Ils ont néanmoins interdit à leurs employés de communiquer à la presse, ce qui ne fait que soulever un dysfonctionnement probable au niveau organisationnel.